Comme le dit si bien l'affiche : « offrez-vous un patron » dans cette comédie franchement désopilante signée par Benoît Delépine et Gustave Kerven.
Altraa et
Avida, les deux étrangetés cinématographiques des transfuges de Groland,
Benoît Delépine et
Gustave Kerven, n'ont pas vraiment rencontré quantité de spectateurs dans les salles. Par l'aspect complètement distancé de leurs pitreries sur la chaîne cryptée, ces films ont nourri une certaine incompréhension et une mésestime de fans plutôt jeunes et généralement étrangers en matière de découverte de curiosité.
Louise-Michel, troisième tentative du duo de réalisateurs, risque de renverser sensiblement cet état de fait puisqu'il marque un net adoucissement dans la « marginalité » de ses auteurs pour une approche davantage populaire.
Plus populaire ne veut pas dire grand public pour autant. Or en revenant à un humour approximatif donc identifiable, reconnaissable et donc appréhendable pour leur audience télévisuelle,
Delepine et
Kerven améliorent leurs chances de faire valoir cette histoire de vengeance d'une employée (en fait un) qui engage un pseudo tueur à gage (en fait une) pour liquider le patron voyou qui a d'un coup plié bagage sans piper mot à ses salariés et emporté tout le matériel de l'usine dans un autre pays. Entre l'inefficacité du professionnel du dimanche (il ne peut tuer personne… même pas un cabot) et les nombreux culs de sacs parcourant ce marasme de fraude économique avec sociétés écrans, paradis fiscaux, hommes de paille et consorts, autant dire que la tâche ne va pas être facile, ni dénuée de dommages collatéraux.
Comme pour l'émission de
Jules Edouard Moustic, les compères ancrent leur univers dans un milieu rural dans lequel ils balancent une charge abrupte véridique à un point caricatural sur un système capitaliste inhumainement outrancier, et tissent une peinture sociale de la misère contemporaine acide et décalée, adoucie (le petit plus) par une pointe de tendresse envers ses personnages marginaux en complète disjonction avec la société d'aujourd'hui. Une tonalité miséreuse (se retrouvant dans l'image d'une mise en scène volontairement laide) oui, mais pas misérabiliste, car le but n'est pas de s'apitoyer dans un élan politiquement correct, encore moins de se voir refiler une leçon bien pensante agrémentée de solutions toutes trouvées.
Juste la pleine satisfaction de se prendre une bonne dose de fous-rires dans un exutoire trash et grotesque de nos propres craintes et refoulements quotidiens, un objet salutaire, défoulant, bienfaisant et consciemment régressif (l'idée principale reste de voir un chef d'entreprise se faire occire), auquel on adhère de plein gré ou pas du tout. En ces durs instants de crise bancaire mondiale et de récession de masse, ce serait quand même bête de le refuser. Ah oui,
Yolande Moreau et
Bouli Lanners y sont formidables.
Farce dénonciatrice des abus des grands financiers se croyant au dessus des lois, Louise-Michel réussi à nous dérider les zygomatiques devant une situation inquiétante qui en dehors de l'heure et demie de projection donne plus envie de pleurer.