Inspiré de faits réels, Alpha Dog nous emmène dans les quartiers riches de Los Angeles. Johnny et sa petite bande jouent aux durs et trafiquent un peu. Pour s'assurer que Jake lui remboursera bien tout l'argent qu'il lui doit, Johnny et sa bande kidnappent son petit frère, Zack.
Alpha Dog aurait pu se résumer ainsi : sexe, drogue et gangsta rap, avec en toile de fond, une chronique de la violence chez la jeunesse dorée de Los Angeles. On ne s’attendait pas à grand-chose, et encore moins à être surpris. C’est pourtant ce que le metteur en scène
Nick Cassavetes va faire : nous surprendre et nous passionner. Le premier quart d’heure du film confirme nos a priori. On découvre le personnage de Johnny, alias True Love, abominable teenager, moustachu et arrogant, entouré de sa bande de caïds. Le portrait n’est pas d’une grande finesse ni d’une grande crédibilité. Les personnages nous sont présentés un à un, le film empruntant la forme d’un docu-télé. C’est son plus gros défaut, celui qui plombera l’action à plusieurs reprises.
Une fois les personnages introduits, le film s’installe, prend de l’assurance, et nous passionne, subitement. Les caractères se révèlent, des vies apparaissent, et on s’attache inévitablement à toute cette petite bande. Le récit saute d’un personnage à un autre avant de suivre définitivement les mésaventures de Zack, l’otage de 14 ans, et de Franckie, le bras droit de Truelove, chargé de surveiller le jeune captif. C’est sur ce duo que reposeront tous les enjeux du film. Le personnage incarné brillement par
Justin Timberlake devient une sorte de grand frère de substitution, et prend sous son aile un Zack à peine sortie de l’enfance, heureux comme un gosse de pouvoir se joindre le temps d’une journée, à cette bande de durs qu’il admire.
Sans jamais perdre de vue sa chute tragique (les témoins du crime sont énumérés comme dans un compte à rebours),
Alpha Dog prend un ton léger et surtout terriblement drôle. On nage en pleine insouciance, et cette atmosphère doit beaucoup aux comédiens, tous excellents. Pour être honnête, le film bénéficie d’un casting tellement sexy et dynamique que
Larry Clark doit être en train de s’arracher les cheveux de rage. On n’ira pas jusqu’à dire que ce défilé de beaux gosses californiens est l’attraction principale d’
Alpha Dog, mais on le pensera quand même très fort… C’est dans son dernier quart d’heure que le film se met sérieusement à cafouiller, risquant même de saboter le mélange de tendresse et de gravité de sa première partie. Certaines scènes, comme l’intervention sinistre d’une
Sharon Stone maquillée en Big Mama, sont maladroites, pour ne pas dire franchement vilaines. Mais cela souligne en réalité le rôle pathétique tenu par les parents vis-à-vis de leurs enfants depuis le début du film.
Etrangement, on ne quittera pas
Alpha Dog avec un sentiment d’injustice ou de révolte, mais avec la certitude que
Nick Cassavetes aura approché de très près une sorte de douceur et de vérité concernant l’adolescence. Dans les dernières minutes d’
Alpha Dog, le réalisateur laisse planer un doute, comme une sorte de mystère, autour de ses personnages. Il laisse au spectateur le choix de garder de Frankie cette image de grand frère protecteur et complice ou bien celle de calculateur impitoyable. Ce petit univers futile, rythmé par la baise et la défonce, valait-il vraiment la peine qu’on le défende avec autant de force et de haine ? C’est bien là tout le drame de l’adolescence. Que ce soit par la voix de Zack, de Truelove ou de Franckie,
Alpha Dog accompagne le spectateur vers des routes et des pistes multiples, et acquière dés lors, une vraie profondeur de ton. Puisque que l’on vit tous notre adolescence comme une trahison, une injustice et un gâchis sans nom, on ne pourra jamais en vouloir à ces caïds qui au final se retrouvent plus fragiles et stupides que des gamins pris en faute. Dans la lignée d’un
Thirteen ou d’un
Wassup Rockers,
Alpha Dog frappe juste, trouve l’émotion qui convient, et devient, au-delà des clichés et des maladresses, une chronique de l’adolescence d’une étonnante vérité. Entre tendresse et gravité, Nick Cassavetes signe un brillant portrait de teenagers, où l’adolescence prend des allures de western impitoyable. Malgré ses lourdeurs et ses maladresses, Alpha Dog est un film à ne manquer sous aucun prétexte.