Le meilleur ami de l'homme va pourrir l'existence d'Alain Chabat dans le dernier film de Claude Berri.
Etrange hasard de la distribution : deux œuvres cinématographiques posthumes débarquent le même jour dans le circuit des salles françaises :
L'Imaginarium du Docteur Parnassus et son regretté acteur
Heath Ledger, et
Trésor, la dernière réalisation de
Claude Berri. Deux longs-métrages amputés par la disparition d'un de leur collaborateur et qui ont dû s'affranchir de leur présence (la prestation de l'un fut complétée par d'autres comédiens, le second fut remplacé derrière la caméra par son assistant
François Dupeyron), pour ne pas finir au placard, rayon « productions inachevées ». La ressemblance entre les deux s'arrête d'emblée ici, parce que si la disparition de l'interprète du Joker de
The Dark Knight a permis à
Terry Gilliam de réaliser l'une de ses œuvres les plus malades mais aussi les plus émouvantes, la comédie canine du plus célèbre des producteurs français ne peut prétendre à une réussite avoisinante, ni à un apport d'émotion… avec ou sans son initiateur d'origine. Malgré tout le respect que l'on peut avoir pour celui qui fut l'un des piliers du cinéma hexagonal,
Trésor est une lamentable entreprise, faisant peine à voir.
On ne niera certainement pas la dimension intime du long-métrage. Depuis
Le Vieil homme et l'enfant, son auteur a toujours utilisé le 7ème art pour dévoiler l'homme intérieur qu'il rechignait à montrer en public. Aussi personnelles que soient les conséquences du malencontreux achat d'un chien pour la bonne entente d'un couple de bobos parisiens, toutes les expériences vécues ne sont pas bonnes à raconter et celle de
Trésor, qui racle amèrement les fonds de gamelles avariées du film avec animal perturbateur, en fait partie : gags scatologiques à répétition, abus affectifs réguliers de la maîtresse (
Mathilde Seigner faisant ce qu'elle sait faire de mieux/pire, c'est à dire du
Mathilde Seigner) envers son cabot au regard attendrissant, bien évidemment au détriment du maître et de son confort (
Alain Chabat pas vraiment convaincu/convainquant)… la première moitié du récit - dénué de la moindre once d'imagination - ne nous épargne rien dans son approche critique et sociale d'une étude de mœurs tout ce qu'il ya de gentillette et d'inoffensive.

Pourtant le pire est à venir avec la seconde partie, dans laquelle le mâle bipède du couple est entièrement reconnu comme le fautif de l'affaire, lui et sa gène de voir son territoire envahi par un estomac court sur patte et pétomane. Fautif, l'homme devra expier ses pêchés égoïstes et matérialistes en adoptant une chienne qui lui fera changer son regard et le mettra à un pied d'égalité avec sa femme regrettant son attitude. Pas trop quand même dans le cas où cela serait assimilé à de l'antiféminisme primaire. Et n'ayons pas trop de médisance pour les psychologues pour animaux (charlatans ? non, vrais spécialistes), les salons de beautés canins (luxe ostensoir? Non, vraie nécessité), ils ont finalement leur utilité malgré leurs coûts exorbitants facturés. Quand la parodie pas finaude et dépassée fait place à la caricature de mauvaise foi, c'est tout simplement déplorable. Et un peu triste de conclure sur une note pareille.
Du Claude Berri cinéaste, on préférera oublier complètement cette production qui au lieu de donner un bon coup de mordant à une carrière en dents de scie, préfère caresser le spectateur dans le sens du poil. Sa plus mauvaise réalisation sans commune mesure.