Ben Stiller change de registre pour endosser le rôle d'un homme dépressif, paumé et en pleine crise existentielle. Un changement radical.
Après avoir séjourné quelques temps dans un hôpital psychiatrique, Roger
Greenberg pose ses valises chez son frère Philip pendant que celui-ci est au Vietnam avec sa famille. Florence, l'assistante personnelle de ce dernier, bénéficie donc de quelques semaines de congés qui lui permettent de se consacrer à sa passion : le chant. N'ayant pas réussi à percer dans le milieu, elle participe à des petits concours de bistrot sans réelle conviction. Roger, de son côté, a décidé tout simplement de ne rien faire. Après avoir passé des années à bâtir des projets qui n'ont jamais abouti, il décide de s'accorder une période sabbatique à durée indéterminée pendant laquelle il ne s'adonne qu'à une seule activité : écrire des lettres de réclamations (compagnie aérienne, Starbucks etc…) ; une manière de canaliser ses excès paranoïaques. Alors quand Florence rencontre Roger, quelque chose se produit. Loin d'être une évidence, ce qui les unit est à la fois le fruit de leur vie torturée mais aussi d'une volonté d'avancer, maladroitement mais malgré tout.
Difficile d'imaginer
Ben Stiller dans un film aussi sombre que
Greenberg. Dès les premières minutes, notre mental s'attache à s'affranchir du personnage clownesque que nous sommes habitués à voir depuis longtemps, pour un rôle plus vrai, plus grave. Cependant le travail n'a pas demandé d'efforts inconsidérés dans la mesure où l'acteur commence sur les chapeaux de roues : son visage austère et ses bras ballants nous touchent d'emblée. Le cadre est posé,
Ben Stiller ne rigole pas, au sens propre comme au sens figuré. Et les mimiques dont il s'inspire pour faire passer les émotions quand les mots ne peuvent pas le faire nous ébranlent. Entre agressivité compulsive et tristesse assumée,
Ben Stiller dégage une force émotionnelle sans conteste, tant et si bien qu'il est difficile de ne pas compatir avec le sort de ce quadragénaire qui n'a jamais rien réussi dans sa vie.
Greenberg doit toutefois également beaucoup à
Rhys Ifans et
Greta Gerwig qui insufflent une vitalité dans le monde morne et monotone de Roger.
Ce qui aurait pu être un film d'auteur bien pensé finit par se montrer un tantinet flegmatique. Le lent démarrage du film pose d'ores et déjà la question du rythme, et s'avère être un réel handicap. Plutôt axé sur l'évolution intérieure des personnages,
Greenberg prenait le risque de mettre à distance le spectateur par son approche trop intimiste. Ce film qui finalement ne raconte rien de précis finit par souffrir de son absence de sujet. Evidemment, en réalité non plus il ne se passe rien de trépidant dans les vies de tout un chacun, alors pourquoi ne pas retranscrire ce « rien » dans son sens le plus significatif ?
Noah Baumbach lâche donc ses personnages dans la nature pour les laisser vivre ce qu'ils ont à vivre. Une nature bien choisie puisque le cinéaste révèle Los Angeles sous un autre jour. Moins « Sex and beach », plus modeste et tangible. Pourtant, à force de vouloir se démarquer à travers une exploration mentale de la souffrance humaine sur une toile de fond « romantique »,
Noah Baumbach perd le fil et verse dans le non-sens.
Ben Stiller montre avec Greenberg qu'il est capable d'élargir sa palette dramatique. Dommage que Noah Baumbach n'ait pas pensé à embarquer le spectateur dans cette balade introspective loin d'être inintéressante.