Quand Johnny rencontre Johnnie. Une association qui fait du bruit mais pas toujours pour grand chose.
Johnnie To aura beau affirmer qu'il fut conquis par la prestance de
Johnny Hallyday au point de lui offrir le premier rôle de son nouveau film
Vengeance, l'ex idole des jeunes ne fut pas le premier choix du réalisateur hongkongais. Le chapeau, la redingote et la silhouette du personnage principal qu'on croirait extirpé tout droit d'un polar français des années 50/60 ; aurait dû logiquement aller à
Alain Delon avant que ce dernier ne quitte la production pour d'obscures raisons (qu'on essayera même pas de deviner), non sans avoir pris le temps plusieurs mois avant d'annoncer en fanfare son imminent retour sur le grand écran… bref passons. Tout cela pour dire, qu'il n'échappera pas au spectateur que le chanteur n'est qu'une incarnation de substitution, un remplaçant dans le costume d'une figure cinéphilique référentielle qui devait naturellement trouver sa place au sein d'un long-métrage pensé et conçu comme un hommage moderne à Jean-Pierre Melville.

Une poignée d'éléments, quelques scènes et un silence mortuaire élancé suffiront à rappeler inévitablement Le Samouraï et d'autres travaux de notre fierté cinématographie nationale, dont l'univers intimement iconique imprimé sur pellicule s'exporte à merveille à l'étranger depuis plus de 50 ans (si vous vous demandez quel est le metteur en scène français le plus populaire en dehors de nos frontières ? ne cherchez plus, on vient de vous le citer). Malheureusement, un ensemble intemporel fait de rivalités, de codes d'honneurs et de flingues, qui auraient tendance à disparaître peu à peu de la mémoire collective pour laisser le champ libre à l'identification rapide et inculte de nouveaux modèles démystificateurs du passé. Franck Costello, l'antihéros de ce récit vengeur aussi simple que direct dans ses enjeux scénaristiques (tout est dans le titre), souffre justement de la perte de ses souvenirs provoqué par une balle logé depuis deux décennies au fond de son crâne, alors qu'il entame la décimation des responsables du meurtre sauvage de la famille de sa fille expatrié à Macao, aux côtés d'hommes de mains et fine gâchettes locales avec lesquels il va se lier d'amitié.
Références à
Melville, aux différents maîtres qui l'on inspirés (Sam Peckinpah et consort…) mais aussi clins d'œil ouverts à sa propre filmographie que l'auteur de The Mission et
Exilé condense dans un état des lieux d'une carrière arrivée à la fin d'un jalon important, marqué par l'ascension au statut d'auteur et l'accès à la popularité et reconnaissance internationale. D'où notre indubitable regret de n'assister qu'à un simpliste exercice de style dans lequel
Johnnie To s'acharne à pousser le vice du maniérisme de la forme et de l'esthétique au détriment d'une progression artistique et conceptuelle. Cela se traduit par un scénario perceptible de loin et des personnages moins bien dessinés empêchant l'émotion de pénétrer. Quelques petites ingénieuses trouvailles viennent rattraper et rehausser de temps à autre cette carence empathique, essentiellement lors de gunfights toujours aussi virtuoses dans leur construction atemporelle sublimés par l'utilisation d'un objet incongru ou un lieu original propice à la nouveauté.
A l'instar de
Sparrow,
Vengeance est un champ d'expérimentations, une étape de réflexion créatrice pour son auteur avant qu'il ne s'attaque au vrai fond des choses. En l'occurrence,
Red Circle, le remake attendu du mythique Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville (hasard ou coïncidence ?) annoncé comme son prochain projet avec
Johnny Hallyday (pas ridicule contrairement à ce qu'on pouvait craindre néanmoins ne demeurant pas transcendant) dans l'imperméable de Jansen, rôle autrefois tenu par Yves Montand.
Ni bon ni mauvais, Johnny Halliday trimballe sa carcasse dans un polar made in HK de bonne facture. Visuellement bluffant, Vengeance demeure pourtant une œuvre stagnante dans la carrière de Johnnie To qui se contente de rejouer à la lettre près l'ensemble des gammes de son cinéma. Le petit film d'un grand maître.