Comédie romantique américaine, Donne-moi ta main sort chez nous six mois après les Etats-Unis ; on ne se demande pas pourquoi...
Donne-moi ta main... le titre vous dit quelque chose ? Normal, mais il ne faut pas le confondre avec
Donne-moi la main et
Prête-moi ta main ; en ce moment, on sèche un peu côté noms de films. Il faut dire que pour les français, « Leap Year », titre original, ne signifie pas grand' chose, et l'anecdote folklorique selon laquelle tous les 29 févriers, en Irlande, les femmes peuvent demander les hommes en mariage, est peu connue chez nous et est tombée en désuétude. Autant donc faire une directe allusion à la comédie franchouillarde avec
Alain Chabat, c'est toujours ça de pris.
Nous voilà donc avec une jeune femme dynamique qui attend sans résultat que son compagnon la demande en mariage ; voyant que rien ne vient, elle prend les choses en main et décide de le suivre en Irlande (voir la raison au-dessus). Seulement son avion est détourné par une tempête et, après une traversée de mer d'Irlande en rafiot, la voilà perdue au milieu de la verte campagne et confrontée, pour rejoindre Dublin – et son ami – au plus vite, à un patron de bar ironique qui a besoin d'argent. Tous les deux partent donc sur les routes, et vous devinez la suite. Le couple principal fonctionne plutôt bien :
Amy Adams est comme toujours très efficace, et
Matthew Goode, que l'on commence à voir dans pas mal de films, a été appelé en renfort pour incarner cet Irlandais pure souche censé faire craquer toutes les filles (soyons honnêtes : le public sera féminin, s'il y a des hommes c'est qu'ils ont été traînés. Ou qu'ils se sont perdus).
Au menu de
Donne-moi ta main : perte de bagages, sauvetage express, silhouettes découpées derrière un rideau qui ne cache pas grand' chose, problème de lit à partager, moments complices autour d'un repas, regards langoureux… Bref, tous les ingrédients traditionnels de la comédie romantique bateau et ultra téléphonée comme les Etats-Unis nous en produisent à la pelle. On enchaîne des situations mille fois vues sans aucun recul ni apport nouveau : le réalisateur y croit, à son histoire, et nous la sert telle quelle. Heureusement, on nous épargne le coup fatal du retour aux valeurs simples, qui aurait pourtant été facile à faire (une femme « moderne » rencontre un bouseux…), mais ça sauve à peine le métrage.

Et tout ceci ne serait rien sans le problème majeur du film : l'horrible caricature de l'Irlande, faite pour les Américains de base qui ne connaissent de ce pays que trois clichés et une vague projection : les moutons, la Guinness, la pluie, et… euh… pourquoi chercher plus loin ? On s'en moque, c'est loin, on n'ira jamais. Ajoutons quelques hommes bourrus, des proverbes qui sonnent bien la campagne, de riches pâturages et deux ou trois murets en pierre à moitié effondrés, et nous y voilà. L'ennui ressenti par le manque d'ambition du scénario est donc couplé à l'agacement face à cette représentation bâclée pour touristes de base.
Donne-moi ta main s'adresse à l'Américain moyen (sans mépris de notre part) et aux fans inconditionnels et indécrottables de comédies romantiques, qui savent garder leur enthousiasme même devant le mille-fois-vu. Les autres relèveront peut-être quelques passages amusants et apprécieront, au moins, la justesse de ton des deux acteurs qui savent rester en mesure.