Le réalisateur de Juno trimbale George Clooney d'un bout à l'autre des Etats-Unis ; embarquez pour le voyage, ça vaut le coup.
Ryan a un boulot particulier : virer des gens aux quatre coins du pays. Mais globalement ça lui plaît ; en fait pas le travail en lui-même, d'ailleurs : juste l'ambiance des aéroports, des hôtels, des rencontres d'un soir entre deux avions. Et soudain, voilà qu'arrive la révolution : le licenciement par vidéoconférence. Finis les trajets, le voilà menacé d'être coincé chez lui. En attendant, deux femmes vont remettre son existence en question : Alex (
Vera Farmiga), son double féminin qui passe d'hôtels en réunions et dont il commence à tomber amoureux, et Natalie (Anna Kendrick), sa jeune collègue fraîchement diplômée à l'origine de l'idée de vidéoconférence qui lui fait comprendre que peut-être, sa vie n'est pas complète.
Qu'est-ce qui pourrait bien manquer à un pro du transport qui va bientôt réaliser son rêve : le million de miles en avion collectionné ? Réponse : une famille. Ses sœurs, mais aussi une éventuelle compagne auprès de qui il rentrerait, le soir. A première vue un peu plan-plan, comme morale, et surtout déjà vu et revu.
In the Air nous a vraiment fait peur un instant : et si ça allait se transformer en une sorte d'
Intolérable cruauté, avec ce coureur de jupons qui se repentit (d'ailleurs joué par le même acteur), sans le génie décalé des frères Coen ? Heureusement, le film sait limiter le niais et le moralisant pour rebondir sur une histoire plus réelle, plus concrète et qui finalement convainc bien mieux. La fin casse la sensation désagréable que l'on commençait à avoir et
In the Air se termine sur un goût doux-amer original, tout en gardant le ton amusant du film.
Et derrière cette histoire d'un homme qui remet son système de valeurs en question, ce film traite d'un problème de société très actuel : le licenciement en multiplication, le profit préféré à l'humain, la déshumanisation du travailleur que l'on remercie à distance en attendant qu'il prenne gentiment sa brochure et vide son bureau sans bruit : on lui tape un coup sur l'épaule et hop, le voilà prêt à chercher un autre travail. Autour du personnage de
George Clooney, à la fois serviteur et victime de ce système,
Jason Reitman construit donc proprement, sans en faire trop, une satire acerbe du monde du travail américain – mais il nous est facile, en ces temps de crise, de le projeter sur la France. Evidemment cela ne nous ouvre pas les yeux, ne nous apprend rien ; mais c'est habilement orchestré, et bien sympathique à regarder.
In the Air est une bonne comédie très ancrée dans l'actualité ; les difficultés de Jason Reitman sont palliées par la qualité de jeu du trio d'acteurs.