Quand le réalisateur de Kick-Ass vient à la rescousse des X-Men, ce ne sont pas les coups de pieds au cul qui se font sentir mais un nouveau départ enthousiasmant.
Sans les X-Men de
Bryan Singer, le monde du cinéma n'aurait peut-être pas été autant chamboulé par l'invasion des super héros en collant. Autant respectueux de la teneur symbolique et politique du matériau d'origine que soucieux d'intégrer les néophytes, ceux-ci sont fréquemment cités parmi les adaptations de comics préférées du public. Inutile de dire alors que le venue d'un
X-Men 3 : L'affrontement final tourné à la va vite par l'un des plus détestables tâcherons d'Hollywood, et un spin-off complètement à côté de la plaque, ont été accueillis telle une trahison par de nombreux fans. Torpillée de plein fouet la franchise prometteuse s'est mutée en une saga honteuse.
X-Men, le commencement sonne donc comme un coup de poker pour racheter les fautes d'un studio opportuniste ayant spolié les fans. Il y avait donc beaucoup à espérer de cette préquelle revenant sur la rencontre de Charles Xavier et
Erik Magnus Lehnsherr et faisant office de genèse cinématographique officielle. Le retour de Singer aux commandes, puis finalement à la production, et l'arrivée du wonderboy
Matthew Vaughn (
Kick-Ass) laissaient la place à l'optimisme. C'était sans compter ensuite sur un planning déraisonnable (un an à peine) et les échos progressifs d'un tournage aussi précipité que chaotique qui menaçaient d'une nouvelle déception. Mais la chronique d'une catastrophe annoncée a finalement accouché d'un inespéré retour aux sources ragaillardissant.
Reprenant à son compte la note d'intention des Singer (entre fidélité à la bd et prises de liberté dosées), cet épisode 0 renoue avec le grand spectacle à dimension humaine (enfin mutante). Les failles des personnages étant un fil conducteur essentiel dans un récit ambitieux qui assemble ce que devait être à la base
X-Men Origins : Magneto, avec les premiers pas des élèves de Xavier et la création de son école. Le tout rattaché à la crise des missiles cubains dans une ambiance sixties très « bondienne » jonglant avec un esprit teen movie pas désagréable du tout. Une lourde tâche à laquelle
Matthew Vaughn s'acquitte en metteur en scène parfaitement à l'aise avec les récits emboîtés et la gestion de protagonistes nombreux (casting impec).
Pourtant tout est loin d'être parfait dans
X-Men, le commencement qui donne le sentiment d'être une œuvre bridée, moins par des dictats commerciaux que par la privation du temps nécessaire au vissage de tous les boulons (la construction narrative capote parfois). Même au ¾ de sa puissance, le résultat hautement entraînant et fun laisse quand même pantois : on imagine ce que
Matthew Vaughn aurait pu faire de ces origines s'il avait bénéficié d'une année supplémentaire qui lui aurait permis de fignoler les effets spéciaux (certaines textures laissent à désirer) et construire de plus amples scènes d'actions (il manque LE moment de bravoure) qui auraient assuré à
X-Men, le commencement de figurer en tête de la franchise. L'honneur des mutants est réparé, ce qui est déjà pas mal en soit.
Les X-Men reviennent à leur meilleur niveau même si la préquelle de Matthew Vaughn ne tourne pas à plein régime. La faute à une mise en chantier précipité venant freiner les ambitions de l'ensemble.