L'Au-delà vu par l'un des plus grands metteurs en scène américain, ça donne un film inégal mais sacrément attachant.
Quarante années de réalisation et plus de trente films au compteur, le grand
Clint Eastwood, suscite, plus que jamais, un véritable engouement à la sortie de chaque nouveau métrage qu'il dissémine, aujourd'hui, au rythme « allenien » d'une production par an. A ce rythme effréné, comment lui reprocher, parfois, une légère baisse de régime comme c'est le cas ici avec cet
Au-delà à moitié convaincant qui a néanmoins le mérite de toucher durablement le spectateur tout en s'inscrivant dans une filmographie à la thématique riche et ultra-cohérente où les fantômes du passé, la mort et la renaissance à la vie jouent un rôle considérable.
Dans son nouveau film, curieusement méprisé par une large partie de la critique,
Clint Eastwood enchevêtre les récits de trois personnages confrontés, chacun à leur façon, à cette interrogation suprême que représente la mort ainsi qu'au mystère insondable de ce qui se cache derrière celle-ci. Trois récits, trois vies bouleversées par l'incertitude et la solitude, trois points du globe qui démontre l'universalité du discours. Marie (
Cécile De France), grande journaliste d'investigation, voit toutes ses convictions s'effondrer après avoir été victime d'une expérience de mort imminente, suite au tsunami de Phuket, celui qui s'est réellement déroulé en Asie du sud-est en décembre 2004. A San Francisco, George (
Matt Damon, toujours excellent) a du mal à vivre avec le « don » qui lui permet de communiquer avec les morts mais le sépare des vivants. Enfin, à Londres, le jeune Marcus (interprété alternativement par les deux jumeaux
McLaren), ne se remet pas de la mort de son frère. De ce scénario composé par
Peter Morgan (
The Queen,
Frost/Nixon, l'heure de vérité) et proposé à
Clint Eastwood par
Steven Spielberg, le réalisateur d'
Impitoyable tire un film simple et fluide au fort potentiel d'identification, son sujet ne pouvant que faire écho au destin de chacun.
Si le film peut légèrement décevoir, c'est qu'il a certainement un peu de mal à subir l'handicapante comparaison avec les sommets d'une filmographie qui compte, au bas mot, une douzaine de chefs-d'œuvre mais aussi parce qu'il y apparaît que le beau classicisme dont le metteur en scène a fait sa marque de fabrique n'est pas infaillible. En effet, il y a dans
Au-delà des moments superbes (telle cette scène de dégustation qui vire lentement vers un sensuel et délicat jeu de séduction) mais aussi de nombreuses séquences moins palpitantes (notamment dans la partie française du métrage) qui font davantage appel aux sensations qu'à un véritable enjeu scénaristique. En outre, le sentimentalisme exacerbé dont fait souvent preuve le réalisateur s'allie parfois mal avec le terrain fantastique sur lequel il ose s'aventurer comme avec les événements réels qui servent d'appui au récit (le tsunami de 2004, l'attentat dans le métro londonien). Pourtant, sans bouleverser, le film détient une capacité à émouvoir qui ne tombe jamais dans le mélo sirupeux (ce qui n'a pas toujours été le cas chez
Clint Eastwood) et s'il reste vrai que l'on est loin des derniers grands métrages de l'auteur (le sublime diptyque
Mémoires de nos pères /
Lettres d'Iwo Jima), il serait idiot de minimiser l'étrange beauté d'
Au-delà et la place importante qu'il occupe dans une œuvre majestueuse à la logique implacable.
Ainsi, ce que nous dit ici
Clint Eastwood, n'est rien d'autre que l'idée essentielle qu'il a toujours, à raison, tenté de défendre : pour profiter pleinement de la vie, il faut d'abord se dégager des traumatismes du passé et des obsessions que l'on nourrit vis-à-vis de la mort. En grand sage, le réalisateur américain, se rapproche de la pensée calme et tranquille du Dalaï-Lama : « Le bonheur n'est pas au bout du chemin, le bonheur c'est LE chemin ». Bien qu'ils soient plein de bon sens, c'est pourtant ce calme et cette tranquillité que certains doivent reprocher à cette vision attachante de l'Au-delà.
Non dénué de défauts, Au-delà n'est pas un film majeur dans la filmographie de Clint Eastwood. En est-il pour autant un film mineur ? Pas sûr !