Un an et demi après la catastrophe Les Passagers, Rodrigo Garcia nous revient avec Mother & Child, Grand Prix du Jury cette année à Deauville.
Lorsqu'elle avait quatorze ans, Karen est tombée enceinte et n'a pas eu d'autre choix que d'abandonner sa fille Elizabeth qui, trente cinq ans plus tard, est devenue une prestigieuse avocate. Alors que Karen continue de souffrir de cette séparation, Elizabeth se réfugie dans le travail et son indépendance pour ne pas créer de famille. Mais un jour, elle apprend qu'elle est enceinte et tout bascule : elle veut retrouver sa mère, tout comme celle-ci qui, ayant fini par arrêter de se punir et prête à s'ouvrir au bonheur conjoint, tient à reprendre contact avec son enfant.
Grand prix du Jury lors de la dernière édition du Festival du film américain de Deauville,
Mother & Child passe évidemment pour un drame lacrymal destiné à rafler toutes les statuettes dorées qui se trouveraient sur son chemin. C'est ce qu'est en définitive le nouveau long-métrage de
Rodrigo Garcia, revenu à un cinéma indépendant plus dans ses cordes après une pitoyable escale hollywoodienne (
Les Passagers) qu'il vaut mieux oublier le plus vite possible. Oui, le film sent à plein nez l'œuvre intimiste pour concours, défendue bec et ongles par un parterre de stars en recherche de reconnaissance et de succès d'estime. Le genre même de production qui s'habille de tous les apparats sociaux et sentimentalistes afin de quémander sans se cacher l'affection du spectateur, consentant ou non. Rien que les sujets (maintes fois utilisés de manière opportuniste) de l'adoption et de la maternité pouvaient laisser craindre le pire. Mais non. Si
Mother & Child n'est pas ce qui se fait de mieux dans le genre, il trouve pourtant matière à se défendre. Du moins sur quelques points précis.
Quand
Rodrigo Garcia charge dramatiquement la mule ou tombe dans certains pièges archétypaux (la gamine aveugle, la fille de substitution de Karen…) c'est finalement pour en exclure une grosse partie et remplacer les gros effets qui tâchent par une sensibilité tout en délicatesse (jolie ouverture), laissant tout le champ d'action aux comédiens. Devant cette pleine liberté de mouvement et de composition, Annette Benning et
Samuel L. Jackson sont les deux à en profiter le plus. La première dévoile toute l'étendue de son talent dans un rôle à fleur de peau tandis que le second étonne par sa retenue dans un judicieux contre-emploi. C'est là que se trouve l'essentiel de
Mother & Child, dans l'excellence du casting qui nous fait oublier la bonté excessive et trop philanthropique de l'ensemble des personnages mais pas le laxisme avéré de la mise en scène se limitant parfois à des tics télévisuels.
Pas très étonnant venant de la part de
Garcia, généralement plus à l'aise dans le cadre étroit du petit écran (on lui doit plusieurs épisodes des
Soprano,
Six Feet Under,
En Analyse…) que sur le grand (
Ce que je sais d'elle d'un simple regard…) où les contingences et impératifs temporels l'obligent à conduire un récit choral (hasard ou cause à effet,
Alejandro Gonzalez Inarritu en est le producteur exécutif), avec un troisième segment sur une épouse infertile cherchant à adopter, qui se nouera inutilement dans une conclusion bricolée et bancale. Ce qui aurait pu devenir un grand épisode de série télé ne fait pas forcément office de grand film de cinéma.
Une œuvre de festival qui vaut surtout pour ses comédiens et les beaux portraits de femmes qu'elle dessine plus que pour ses excès de bons sentiments. De la part du réalisateur de Ce que je sais d'elle d'un simple regard, on en attendait ni plus ni moins.