Le réalisateur de Ring et Dark Water lâche enfin ses fantômes belliqueux pour explorer un univers tout aussi effrayant : internet.
Cinq adolescents de Chelsea se retrouvent sur un forum de discussion où ils peuvent librement exprimer leurs ressentiments personnels sur leur existence et leurs entourages : Eva cherche à devenir mannequin mais elle commence à entrevoir la futilité humaine de ses relations sociales. Issue d'une famille bourgeoise, Emily se désespère de ne pas obtenir l'affection parentale qu'elle souhaite. Mo s'inquiète des sentiments qu'il développe pour la sœur de 11 ans de son meilleur ami. Garçon introverti et mal dans sa peau, Jim développe une tendance à l'asociabilité depuis que son père l'a abandonné étant enfant. Quant à Jim, le fondateur de cette chatroom, il les invite à agir sur le cours de leur vie. D'apparence bienveillante, Jim cache en fait une personnalité torturée et machiavélique prête à toutes les bassesses pour arriver à ses fins. Lorsque les autres découvriront de quoi il en retourne, il sera peut-être trop tard…

Au même titre que la mode des films de fantômes japonais avec des filles aux cheveux sales, la carrière d'
Hideo Nakata aura rapidement périclité par un sérieux manque de renouveau (
Kaidan) et une disposition à sombrer dans ses figures de style les plus caricaturales (
Le Cercle – The Ring 2). Voilà pourquoi il est bon de voir le réalisateur voguer vers de nouveaux horizons (qu'ils soient géographique ou cinématographique) avec le thriller psychologique
Chatroom prenant pour cadre l'internet, ses dérives et ses dangers sur la jeunesse actuelle. Furieusement alléchant sur le papier - rédigé par la dramaturge Edan Walsh adaptant sa propre pièce - le résultat final s'avère tout de même frustrant.
Si le metteur en scène trouve un nouvel élan créatif dans un sujet inhabituel pour lui (la représentation de la toile par un amoncèlement de chambres d'hôtel dans lesquelles évoluent les personnages une fois connectés),
Chatroom laisse un sentiment d'inachèvement. Dans le cœur même de son traitement qui ne permet pas au script d'exploiter toutes les pistes (la plupart séduisantes) et les protagonistes mis à sa disposition. Suicide, harcèlement moral, exclusion, pédophilie… des thèmes qu'
Hideo Nakata se contente de sous-traiter en image de fond, préférant une connexion avec un suspense rondement mené mais légèrement galvaudé dans son acheminement. Cette manie de ne pas aller jusqu'au bout donne alors une sensible impression que plusieurs éléments se cantonnent juste à quelques clichés. Car à l'ère du tout multimédia, des barrières physiques qui s'amenuisent entre les individus (remplacée par d'autres floues ou invisibles), il est facile de prendre les pieds dans un discours aussi alarmiste que démonstratif dans sa mise en garde contre une technologie dépourvue de contrôle. Ce dans quoi trébuche parfois cette chronique adolescente, sorte de Skins version 2.0. Comme pour la série trash de Jamie Brittain et Bryan Elsley, les jeunes comédiens sont assurément l'atout majeur de
Chatroom. A commencer par la révélation masculine de
Kick-Ass, le polymorphe
Aaron Johnson refusant de s'enfermer dans un carcan de rôles prédéfini : l'acteur est autant à l'aise dans la peau d'un manipulateur destructeur qu'il pouvait l'être dans le costume d'un super héros du dimanche.
La reconversion de
Nakata est donc à la fois formellement réussie et scénaristiquement inconsistante. Elle démontre les grandes capacités du monsieur dynamisant - grâce à sa caméra fluide et mobile - un récit qui aurait pu rapidement s'annihiler par une trop grande disposition à la théâtralité (l'abus de champs/contre champs est évité), comme elle prouve que faire du cinéma sur un média tel que le web demeure un exercice pointilleux et casse-gueule qui n'a pas encore été abordé avec une totale exhaustivité.
Une demi-résurrection de la part d'Hideo Nakata qui demeure tout de même inaboutie dans son scénario.