Après Avatar, L'Agence tous risques et X-men, le commencement, la 20th Century Fox continue de reprendre du poil de la bête avec La Planète des singes, les origines. Une (r)évolution serait-elle en marche ?
La Planète des singes, les origines> avait tout d'un échec programmé. Après tout, cette mi-relecture de La Conquête de la planète des singes mi-préquel à la saga originale (oublions le remake impopulaire de
Tim Burton), n'est-elle produite par la
20th Century Fox, studio réputé pour ses interventions parasites fréquentes ? La méfiance était donc de mise. Sans compter que l'issue de l'opus du quasi inconnu
Rupert Wyatt est connue du plus grand nombre et amorce quelques bouleversements fondamentaux à l'intérieur de la franchise (dont la substitution d'acteurs en costumes par des répliques numériques en MoCap). Opération ô combien délicate à pratiquer mais qui à la surprise générale s'effectue sans douleurs. A moins qu'on n'y place pas certaines attentes qui ne seront pas comblées.
Car sous ses allures de blockbuster estival revenant sur la révolte des primates allant conduire à la domination de l'espèce humaine dans le chef-d'œuvre de
Franklin J. Schaffner,
La Planète des singes, les origines cache une œuvre beaucoup plus inattendue. Voir inespérée. Moins film d'action que véritable drame patriarcale d'un surprenant intimisme, ce préquel/remake/reboot (apposez lui l'étiquette que vous voudrez), ose la parabole politique à la manière des pamphlets contestataires des années 70. Du cinoche comme on n'en fait plus du tout au 21ème siècle, où les personnages passent bien avant les préoccupations spectaculaires d'un divertissement populaire, où l'histoire dicte la marche à suivre aux séquences fortes et non le contraire. Plutôt couillu de la part d'une major hollywoodienne de bâtir tout un récit sur la relation de quelques personnages sur fond de mise en garde contre les explorations amorales de la science moderne, et de reléguer la fameuse rébellion simiesque à la toute fin.
Ceux espérant une enfilade de destructions en seront pour leur frais mais la déception mérite amplement d'être surmontée. Les 110 minutes de
La Planète des singes, les origines ne se faisant jamais ressentir. On est littéralement happé par les enjeux humains développés en profondeur devant la filiation progressive entre César, le singe génétiquement modifié et doué d'une intelligence peu commune et son créateur (
James Franco qui ne cesse de s'améliorer en tant qu'acteur), un scientifique aveuglé par son envie de soigner la maladie d'Alzheimer contre laquelle se bat son propre père (
John Lithgow remarquable). Pendant une bonne partie,
Rupert Wyatt reste à cette échelle empathique d'une délicatesse palpable, offrant ainsi à
La Planète des singess ses plus beaux passages, parfois terrassant d'émotion (César corrigeant les maladresses du vieux) ou d'une violence psychologique paralysante (l'agression du voisin).
Une proximité sentimentale du spectateur qui n'aurait pas été possible sans la justesse d'une mise en scène (discrète dans les scènes dialoguées et affirmée lorsque gronde le danger), l'incroyable photoréalisme d'animaux digitaux plus vrais que nature (Weta Digital rules !), et la contribution sans égale d'
Andy Serkis dont l'incarnation mimétique bluffante ne peut être passée sous silence. Un Oscar en signe de reconnaissance ne serait pas de trop. L'unique moment de bravoure n'en devient alors que plus fort et contaminé d'une vraie ambivalence : on comprend les raisons qui pousse César à se rebeller face aux relents bestiaux de l'Homme et pourtant on ne peut se réjouir de l'inéluctable destruction de ce dernier durant un générique effrayant de neutralité.
On pourra toujours reprocher un excès de caricature dans les comportements des bipèdes (
Tom Felton excessivement détestable), que le personnage de
Freida Pinto - la conscience de Franco - ne s'affirme pas outre mesure ou que le rendu des effets spéciaux se trahit sensiblement pendant les plans de masses… qu'importe. La réussite hybride de
La Planète des singes, les origines n'est pas assez fréquente dans le paysage des grosses machines d'été pour être méprisé.
A contre-courant des modes, ce préquel de La Planète des singes s'avère un faux blockbuster cachant un drame pétri d'humanisme qui vous chambarde le coeur. Ne cherchez plus la vraie surprise de l'été, vous l'avez devant les yeux.