Quand Sophie Marceau rencontre Christophe Lambert en Colombie, ça donne L'Homme de chevet et c'est loin d'être inoubliable.
Après avoir été victime d'un grave accident de la route il y a quatre ans, Muriel est tétraplégique. Depuis, elle vit sa vie par procuration en embauchant des gardes malades qui lui permettent d'avoir un semblant de confort et de soin. Seulement voilà, l'amertume de la jeune femme et la difficulté que présente son handicap font fuir tous les candidats. Alors quand Léo, un ancien champion de boxe détruit par l'alcool, se présente à son tour, on se demande ce qu'il a de plus que les autres. Va-t-il faire mieux que ses prédécesseurs ? Tout les oppose et pourtant leur rencontre marquera à jamais un tournant décisif dans leurs vies.
L'Homme de chevet est une adaptation du roman homonyme d'Eric Holder. Lui qui n'avait jamais été sollicité pour s'illustrer sur la toile, a gagné le gros lot cette année, puisque
Stéphane Brizé, quelques semaines auparavant s'était déjà chargé de décliner sur grand écran
Mademoiselle Chambon, une autre œuvre de l'écrivain. Et quel casting ! Après avoir vu
Sandrine Kiberlain donner la réplique à
Vincent Lindon,
Alain Monne fait appel à son tour, à un autre couple mythique :
Sophie Marceau et
Christophe Lambert. Ensemble à l'écran mais aussi dans la vie, on aurait été tenté de croire que l'amour qui se lit dans le regard des protagonistes aurait ce petit plus qui fait la différence, cette authenticité inimitable. Mal nous en a pris. Le couple manque cruellement d'épaisseur pour réellement susciter de l'empathie, de l'admiration face à ces deux corps souffrants qui tentent, avec une maladresse presqu'enfantine, d'avancer un peu, « juste pour voir » si ça fait encore mal. Comment reprendre goût à la vie lorsque l'on est dépendant des autres ? La vie vaut-elle la peine d'être vécue alors qu'elle semble déjà nous échapper ? A partir de ces questions
Alain Monne interroge ses protagonistes, les met en situation, pour finalement nous abreuver d'une vérité banale : quand on aime, tout est possible.
Avec pudeur, mais sans tabou, le cinéaste pose pourtant les questions essentielles liées au handicap : le regard de l'autre, la solitude, la souffrance, l'amour. L'intellectuel face au physique, les mots face aux gestes ; cruelle confrontation dans laquelle personne n'en sortira vainqueur, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Seulement voilà, pour son premier film,
Alain Monne tombe dans le piège du conformisme et plombe le film avec une mise en scène léchée et un rythme en berne. Devant tant de facilités scénaristiques, on peine à se laisser empoigner par cet amour qui les consume et qui prend progressivement le pas sur leurs souffrances respectives. Le cinéaste pense nous contenter avec un schéma narratif classique, prévisible à souhait, croisant les doigts pour que son duo de « choc » fasse le reste. La tentative de diversion fait gagner du temps, mais l'agacement trouve rapidement sa place dans ce récit sans âme. La Muriel au cœur de pierre va peu à peu s'attendrir devant cet homme un peu sauvage et meurtri par la vie ; tandis que ce dernier va rapidement affronter ses démons pour pouvoir aimer de nouveau. Rien ne nous surprend dans
L'Homme de chevet, tant et si bien que dès les premières minutes du film, on connaît déjà la fin.
Malgré un sujet qui promettait des effusions de sentiments et d'émotions purs, le conformisme narratif en toile de fond gagne progressivement du terrain et finit par abandonner le film sur les sentiers battus.