Les confessions intimes d'une prostituée de luxe filmées par un Steven Soderbergh de moins en moins performant.
Chelsea est une escort-girl vendant sa disponibilité et ses charmes à de riches hommes d'affaires de Manhattan, prêts à débourser d'importantes sommes d'argent juste pour bénéficier de sa compagnie le temps d'un soir. En dehors de son business florissant lui permettant d'entretenir le train de vie qu'elle désire, la jeune femme partage son existence avec Chris, un garçon travaillant dans un club de gym, plein d'ambition et qui connaît parfaitement la façon de vivre de sa compagne et l'accepte. Tout roule pour le mieux, mais une situation pareille est-elle faite pour perdurer ?
Qu'arrive-t-il à
Steven Soderbergh ? Ou plutôt, où est passé le metteur en scène de Hors d'atteinte,
Traffic,
Erin Brokovich et L'Anglais, celui qui fin du 20ième/début 21ième siècle devait sa renommée à sa capacité d'introduire les composantes du cinéma indépendant américain dans des projets montés par les grandes « majors » hollywoodiennes ? Aujourd'hui en perte de vitesse créative, le réalisateur ne sait plus faire que la distinction très tranchée entre divertissements fainéants (les arnaques
Ocean's Twelve et
Ocean's 13), exercices de style sclérosés (
The Good German) et films expérimentaux fauchés. La sortie en début d'année de son diptyque indécis sur Enersto Che Guevara était encore la démonstration d'un artiste perdu dans les voies sans issues de sa création, ne sachant plus trop où il va.
Par sa promiscuité avec Sexe, Mensonge et vidéo qui le révéla sur la scène internationale cinéphilique, le sujet de
Girlfriend Experience (le sexe donc) s'annonçait quelque peu comme un nouveau départ pour
Steven Soderbergh, une remise à zéro des compteurs pour mieux repartir sur de bonnes bases, retrouver le feu sacré qu'il lui fait défaut depuis trop longtemps maintenant. Hélas, cela n'arrivera pas, pas à l'heure d'aujourd'hui, pas avec
Girlfriend Experience, objet cérébral masturbatoire sur les relations sexe/argent/sentiment, placé dans le contexte de l'actuelle crise boursière mondiale. Joli à regarder mais fastidieusement déclamatoire et inabouti dans sa réflexion du consumérisme humain où chaque individu de la société capitaliste s'achète et se vend au plus généreux, selon la matière première qu'il a à offrir.
Soderbergh, lui, n'a pas d'autre chose à livrer que des trivialités du type « c'est l'argent qui fait tourner le monde » et, pour forme, une stylisation prononcée aussi coupable de facticité que le monde froid, transparent et superficiel qu'il dépeint. Difficile pour le spectateur de saisir un point d'attache dans la désorganisation gratuite du récit assemblant les séquences dans un chaos narratif et émotionnel permanent. Pêché de vanité qui se répercute sur la meilleure proposition de
Girlfriend Experience : ses comédiens. Particulièrement l'actrice porno
Sasha Grey, indubitablement compétente dans une tonalité et un emploi fortement éloignés de ses activités charnelles devant les caméras. Car c'est bien là le grand mérite de ce film, d'avoir consciemment évité les attentes d'un sujet potentiellement racoleur dont il fallait oser couper court dès le début. Désolé messieurs, pour vous satisfaire de la plastique et de la souplesse de mademoiselle il faudra vous reporter sur l'une de ses productions pour adultes, puisqu'aucune scène de nudité frontale, pas plus de copulation (réelle ou simulée) n'est visible dans
Girlfriend Experience. Ici, la branlette se fait avec la grande tête, pas la petite.
Sexe, argent et lassitude sont les tendances de cet objet cérébral masturbatoire, qui vu le sujet aura eu le mérite de ne pas se vautrer dans le grivois, et de démontrer qu'une star du X peut être une bonne (pas qu'au sens physique) actrice.