Faites des gosses qu'ils disaient ! Et qui paye la facture maintenant? C'est la belle Kelly Reilly.
Il semble que l'adolescence d'aujourd'hui fasse l'objet d'une crainte commune si l'on se fie à cette expansion de films d'angoisse prenant comme prédateurs nos chers et tendres jouvenceaux.
Ils, le remake d'
Halloween dans sa première partie, et dernièrement dans un tout autre style
Joshua,
Les Proies, (
Entre les murs ?) et maintenant le survival anglais
Eden Lake. Véritable tendance ou bien simple coïncidence ? Si la chose n'a rien de nouveau - déjà dans les années 50/60 le cinéma s'inquiétait du comportement des enfants (
Graine de violence,
Le Village des damnés…) - il est clair que cette nouvelle délinquance juvénile de plus en plus précoce et les comportements davantage violents d'une jeunesse incontrôlable sont devenus un phénomène d'actualité ne pouvant laisser indifférent.
Institutrice dans une école maternelle, Jenny se voit emmenée en week-end par son petit ami Steve près d'un lac situé en pleine nature, sur le point de faire place à une banlieue pavillonnaire. Le parfait cadre romantique pour demander sa main. Mais la tranquillité des lieux ne dure pas longtemps lorsque une petite bande de têtes à claque s'amuse à troubler volontairement leur repos. Dans un premier temps, le couple gère tant bien que mal les incivilités du groupe jusqu'à ce qu'elles tournent au vandalisme. La situation dégénère gravement quand Steve tue accidentellement le chien de l'un d'eux. Pris en chasse, les amoureux n'ont plus que comme solution de fuir pour rejoindre le village le plus proche.
Alors que les périples de
Xavier Palud /
David Moreau et
Gonzalo Lopez-Gallego utilisaient l'identité de leurs tueurs comme un twist stérile ou un changement de point de vue nourrissant une réflexion sur la déconnexion du réel, celui de
James Watkins ne cache pas ses intentions en nous montrant d'emblée la menace qui pèsera sur les deux adultes afin de mieux décrypter en filigrane les raisons pouvant pousser des mineurs, supposés être encore dotés d'une moelle d'innocence, à commettre l'irréparable avec un inquiétant dédain et un détachement affectif et moral, incompréhensible pour notre société civilisée.
« Ce ne sont que des enfants » rétorque la mère de l'un de ces monstres de bestialité et de sauvagerie. Des parents quasiment absents du métrage tout comme cette civilisation n'ayant pas imposé ses règles sur le lieu du crime. Mais son arrivée changera-t-elle quelque chose ? Non, à en croire l'implacable conclusion de cette première réalisation. Car cette animalité est le fruit en décomposition de notre monde moderne auto-destructeur. Les jeunes sont l'avenir, dit-on. Alors autant dire qu'on est foutu.
Désespéré et exténué. C'est à peu près l'état dans lequel nous laisse
Eden Lake, péloche horrifique transcendant allègrement une pénurie d'originalité dans la construction de son récit à suspense confrontant l'Homme face à la Nature (mille fois vu depuis le
DélivranceJohn Boorman), par une maitrise totale de ses outils : une subtile et puissante montée en crescendo de la tension, entretenue par une mise en scène frontale dans sa démonstration brutale de violence, expurgée de tout chichi. Ça fait mal, très mal et on ne peut que s'attacher à l'exquise
Kelly Reilly (
Les Poupées russes) portant à bout de bras ce calvaire sur pellicule. Tout aussi convaincant est son compagnon d'infortune
Michael Fassbender (
300), créant ainsi une alchimie permettant d'éviter la caricature pour s'émanciper dans une profonde empathie.
Eden Lake démontre une fois de plus la grande vivacité de l'horreur british ayant su trouver sa place dans le paysage cinématographique mondial par sa disposition à faire cohabiter naturellement œuvre de genre et sociale. Après ce frappant exemple,
The Descent 2 (
Watkins en est le scénariste et le réalisateur de seconde équipe) ne s'annonce finalement pas si mal.
Sur un schéma éprouvé, James Watkins brode un éprouvant et efficace survival sur les débordements de la délinquance juvénile. Comme quoi on peut toujours faire de l’excellent avec du vieux. Dégagez les jeunes, place aux vétérans !