Samuel L. Jackson prête ses traits à un flic sans pitié qui veut faire régner sa loi dans le voisinage (la terre entière s'il le pouvait) mais plus particulièrement chez ses nouveaux voisins. Et il nous fait peur.
Quel est donc ce thriller de la rentrée dont on parlait tant ? Réalisé par
Neil LaBute, on ne peut nier la volonté du cinéaste de montrer la face obscure de l'homme. Chris et Lisa forment un couple mixte.
Ils viennent d'emménager à Lakeview Terrace, un quartier huppé de la
Californie. Leur voisin, c'est Abel Turner, un flic noir qui vit seul avec ses deux enfants depuis la mort de leur mère. Très strict, il ne laisse aucune liberté à ses enfants, qu'il s'agisse de choix vestimentaires, de liberté d'expression, tout est sous contrôle. Les nouveaux voisins sauront bien rapidement que cette emprise dépasse le cadre familial. Tous les soirs, il effectue une ronde pour le plus grand bonheur des voisins qui n'ont plus à craindre pour leur sécurité. Mais c'est sans savoir qui se cache derrière ce pseudo flic-protecteur qui ne semble guère apprécier le mélange ethnique des jeunes mariés. Et il le leur fera rapidement comprendre.
Quelques failles scénaristiques dérangent dans ce scénario qui a le mérite d'aborder des thématiques différentes de ce qu'on trouve habituellement sur nos écrans. Le racisme anti-blancs, le voyeurisme, le harcèlement. Voilà un film qui s'annonce bien, et pourtant on tombe rapidement dans le cliché facile. Le puritanisme défendu par Sir Jackson est un tant soit peu exagéré. Ce faisant,
Neil LaBute dresse un portrait assez caricatural du flic dérangé à deux doigts de « buter » quiconque oserait s'embrasser dans la rue. Ses principes moraux, il les défend férocement comme un bien précieux et les inscrit scrupuleusement dans l'éducation de ses enfants. Et pourtant, voulant se venger de ses nouveaux voisins, il n'hésite pas à organiser un enterrement de vie de jeune garçon avec alcool à gogo et stripteaseuses. Pour un puritain que l'on voit prier en se levant le matin, il cède trop facilement au pêché pour incommoder le jeune couple. Pourtant l'évolution scénaristique semblait bien menée dans la première partie du film. La psychologie du policier est travaillée de façon à ce que l'on s'attache à cet ours mal léché de prime abord. L'exposer en tant que père célibataire élevant seul ses deux enfants, le rend un tant soit peu humain. Et ça nous change du méchant dépourvu d'identité. Mais il a fallu que le cinéaste se débarrasse maladroitement des enfants (il les expédie chez une tante, et on ne les reverra plus) pour transformer Abel en ce grand méchant. Le monstre errant que l'on voulait justement éviter car déjà vu. Et c'est là que le bât blesse. Car à partir de là tout dégringole, le scénario tombe dans une facilité narrative sidérante avec un manichéisme agaçant (méchant vs gentil), un racisme anti-blancs crié à tue-tête, et une fin à la King-Kong.
Cela étant dit, le cinéaste n'a pas totalement ruiné le scénario. Il place judicieusement tous ses personnages en première ligne. Chacun apporte sa pierre à l'édifice narratif et ils le font bien. Le couple Washington-Wilson se défend bien face à Jackson qui, une fois de plus, ne nous déçoit pas. L'adhésion à son personnage de policier raciste est immédiate. Son regard, sa gestuelle, sa corpulence, et même son sourire (c'est pour dire), impressionnent. A noter également, le message sous-jacent à la thématique du racisme : le communautarisme américain. Le cinéaste inscrit subtilement et intelligemment dans son scénario le microcosme social d'une Amérique traumatisée. Le policier veut à lui seul faire régner la paix et l'ordre, et pour ce faire, il ne laisse personne entrer dans le cercle, ici le quartier de Lakeview Terrace. Comprenons ici l'histoire d'une nation repliée sur elle-même, qui ne laisse personne intégrer la communauté de peur d'être attaquée. Seulement voilà, un tel comportement ne fait qu'alimenter une paranoïa (le flic qui voit des ennemis partout, les voisins qui bénissent les rondes nocturnes du policier) dans un pays qui finit par se rebeller contre lui-même (un incendie impossible à maîtriser ronge les terres californiennes). Un beau parallèle sur l'Amérique d'aujourd'hui en somme. Et le cinéaste recoupe parfaitement ses deux thématiques sans pointer du doigt, sans citer de nom, sans dénoncer. LaBute aurait pu mieux faire. L’idée de départ est bonne, mais le scénario glisse rapidement vers le thriller simpliste au grand dam du spectateur qui s’attendait à un peu de changement au regard d’une première partie réussie.