Danny Boyle vole la vedette à Jean-Pierre Foucault et nous entraîne dans les coulisses de Qui veut gagner 20 millions de roupies.
Danny Boyle, connu pour dépeindre des univers atypiques et pour son humour noir (
Petits meurtres entre amis), porte à l'écran un film difficile à classer. Ni thriller, ni drame, ni comédie, cette adaptation du roman de
Vikas Swarup,
Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire, a raflé bon nombres de récompenses aux Golden Globes. Jamal est un jeune indien ayant grandi dans les bidonvilles avec son frère Salim après le meurtre de sa mère. Amoureux de Latika, sa compagne de galères, il n'a de cesse de la chercher à chaque fois que leurs chemins se séparent. Pour la retrouver il décide, alors qu'il n'a que 18 ans, de participer à la version indienne de « Qui veut gagner des millions », persuadé qu'elle le verra à la télévision. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est de gagner les 20 millions de roupies, soit le jackpot. C'est alors que les ennuis commencent (enfin, se poursuivent). Les organisateurs du jeu sont convaincus que Jamal a triché. Le jeune homme va donc devoir revenir sur certains évènements qui ont marqué son enfance et qui lui ont permis de connaître toutes les réponses …
L'histoire dégage un intérêt singulier.
Danny Boyle a le mérite de s'être intéressé à une idée inexploitée au cinéma et à un pays en pleine croissance que l'on avait exclu du paysage cinématographique, pensant que Bollywood s'en chargeait déjà. Or, une vision occidentale sur ce monde aux mille et une couleurs n'est pas malvenue, même si elle emprunte sciemment les spécificités du cinéma made in india : l'amour, une chorégraphie rayonnante sur les quais de Mumbai (au générique de fin), la gloire, l'argent, la beauté indicible des femmes, les couleurs aveuglantes. Mais
Danny Boyle y va aussi de son point de vue avec les bidonvilles, les trafics d'enfants, la mendicité et les quartiers d'affaires qui poussent comme des champignons dans ces zones démunies où les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent … Un brassage de genres qui puise son inspiration dans la béatitude visuelle et rythmique typique de l'Inde, et qui nous convainc que le film n'aurait pas pu être tourné ailleurs. Le cinéaste ne s'embourbe pas dans un étalage de la misère humaine, les enfants n'évoquent jamais le désespoir sinon une triste vérité. Et la nuance est juste.
Danny Boyle brode une histoire savamment construite autour du jeu que l'on connaît tous sous le nom de « Qui veut gagner des millions ?». Le film, s'ouvrant sur le plateau de télévision accompagné de son célèbre jingle, prête à sourire, et on s'accorde à dire que le pari est risqué. On craint l'absence d'immersion ou pire, une pensée trop prononcée pour notre cher Jean-Pierre durant deux heures. Or il n'en est rien. On sourit au célèbre « c'est votre dernier mot ? » certes, mais le cinéaste ne nous laisse pas le temps de vaguer sur TF1, car dès le premier flash-back il nous happe violemment dans son monde, dans son jeu télévisé. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il maîtrise son sujet. Parce qu'il jonglr habilement entre deux récits (présent/passé), nous sommes dans une tension permanente. Un calme inquiétant lorsque Jamal répond aux questions du jeu, et un montage nerveux qui dessine son parcours chaotique.

Le scénario peut paraître schématique, mais si l'on veut garder l'idée originale et éviter le récit torturé, c'était inéluctable. Comme pour compenser cette schématisation,
Danny Boyle sert la narration avec un rythme soutenu de bout en bout, des cadres très recherchés et une photographie luminescente. La bande-son complète cette énergique fresque indienne grâce au travail remarquable du célèbre compositeur
A. R. Rahman (qui nous a déjà médusés dans
Lagaan). Chapeau bas également aux acteurs.
Dev Patel et
Freida Pinto sont les révélations de cette année qui commence, et nous prouvent qu'un film de qualité ne dépend pas de la notoriété de ses acteurs.
Danny Boyle fait du vrai cinéma en prenant des risques, et rien que pour ça on lui dit merci. Slumdog Millionnaire relève le défi avec brio avec ce conte de fée inopiné à l'esthétisme délicieusement saturé, où le pauvre qui ne cherchait pas à être riche le devint malgré lui.