Après les pirates clownesques, Gore Verbinski se lance à la conquête du western par le biais du cinéma d'animation et avec un résultat beaucoup plus estimable.
Si la carrière de
Gore Verbinski ne saurait se réduire uniquement aux
Pirates des Caraïbes (les fans
The Weather Man seront d'accord), il faut avouer que la franchise milliardaire de
Walt Disney/
Jerry Bruckheimer - insulte mercantile aux swashbucklers d'antan et pouvant aisément figurer parmi le pire du divertissement familial de ce début du siècle - ne joue définitivement pas en faveur du bonhomme et dans l'attente qu'on peut avoir envers son dernier ouvrage,
Rango. Osons le dire en toute franchise, nous nous sommes rendus à sa projection avec pratiquement pour seule intention de fusiller sans sommation et au moindre geste suspect ce supposé pied tendre cinématographique. Presque deux heures plus tard, aucun coup de feu n'a été donné et c'est les armes posées à terre que nous sortons de la salle, enchantés d'avoir pu assister à l'une des véritables bonnes surprises de ce début d'année. Rien de moins que ça.
Après avoir été éjecté de la voiture de ses propriétaires, un caméléon domestique, tragédien et fanfaron en quête d'une identité noble, se voit obligé d'affronter la nature aride et belliqueuse du désert. A peine arrivé dans la bourgade de « Poussière » (à l'accueil aussi rêche et stérile que son nom), le voilà pris dans une succession de quiproquos qui le conduisent à endosser l'étoile du shérif local, chargé d'expliquer la récente pénurie d'eau menaçant la ville. Un énième pastiche sous couvert d'un anthropomorphisme animalier ? Assurément. Mais là où les aventures de Jack Sparrow méprisaient ouvertement le genre dont elles se revendiquaient, notre reptile s'amuse de ses codes tout en les respectant de manière presque religieuse. D'une certaine manière, on pourrait même rétorquer que
Rango synthétise une grande variété des édifices du western : ambiance spaghetti et zapatiste, fibre écologique, chant crépusculaire d'une époque mourante, réflexions sur la construction d'un héros, délires psychédéliques…
Une déferlante de tons divers et un large spectre de dérision qui étonne pour une production mainstream ne cherchant pas la facilité et les sous-références à la mode. Comme si, libéré un temps des griffes de la maison Disney,
Gore Verbinski se sentait le devoir d'explorer nombre d'audaces stylistiques qu'il ne pouvait tenter à bord du Black Pearl. A cela s'ajoute quelques moments de bravoures pas piqués des hannetons faisant de
Rango un bel hommage somme peuplé de personnages irrésistibles (les hiboux mariachis valent à eux seuls le détour), ainsi qu'un spectacle total et sans temps mort où l'époustouflant travail graphique d'
ILM est une fois de plus à saluer bien bas. Un savoir-faire qui dans le cas présent n'a pas besoin de l'argument de la 3D pour pallier une animation laide et sans envergure (comme
DreamWorks et compagnie). On est bon ou on ne l'est pas.
Entre hommage sincère et parodie spirituelle du western, Rango touche sa cible presque à chaque coup. Venant du réalisateur des Pirates des Caraïbes, on n'en attendait pas autant.