Une rame en otage pour ce remake des Pirates du métro remis au goût (du jour ?) par l'habile Tony Scott.
Le style de
Tony Scott est souvent victime d'une confusion irréfléchie ou d'une association maladroite avec celui de
Michael Bay, que se soit aussi bien pour le fusiller que pour en faire l'apologie. Si les carrières des deux hommes partagent quelques points communs, présentent quelques concrètes mais au final minimes ressemblances (venant tous les deux de la publicité et ayant fait leurs armes chez l'écurie
Bruckheimer, ce qui sert d'excuse à certains détracteurs du premier pour faire l'amalgame), leurs approches du cinéma diffèrent complètement. Si on peut dire qu'ils proviennent de la même école, en revanche ils n'évoluent pas dans la même cour de récré. Les sorties rapprochées de
Transformers 2 la revanche et
L'Attaque du métro 123 font implacablement état de ce contraste qui argue en totale faveur de
Tony Scott. Pendant que l'un démontre sa farouche méconnaissance et indifférence pour la grammaire cinématographique dans un énorme foutoir pyrotechnique, inscrit dans son époque et cachant sa médiocrité sous une soi-disant générosité, le second fait preuve d'humilité en signant un thriller « old school », plus modeste et remplissant honnêtement son contrat de divertissement.
Remake d'un classique des années 70 qui voyait se confronter
Robert Shaw et
Walter Matthau,
L'Attaque du métro 123 n'a pas besoin de tout un déballage d'effets spéciaux pour acheter l'attention du spectateur. Une rame de train new yorkaise immobilisée, des pirates, quelques otages, une rançon et la confrontation psychologique entre l'impitoyable chef de la bande de malfrats (un
John Travolta qui en fait un peu trop) et un aiguilleur malchanceux (
Denzel Washington) à l'autre bout du micro… ces éléments, placés entre les mains d'un technicien expérimenté qui connaît son job, suffisent à nous maintenir immobilisé sur notre fauteuil durant 90 minutes. Produit dix ans auparavant,
L'Attaque du métro 123 aurait certainement été agrémenté de séquences d'actions supplémentaires comme regain de sucreries. Aujourd'hui le film fait office de spectacle à l'ancienne modéré (certes pas le genre de sobriété caractérisant l'original qui en son temps devait faire avec un budget minime), ne s'excitant que lorsque l'exige le suspense, à l'instar des tics visuels de
Tony Scott dont bien évidemment on reprochera la gratuité, alors que leur fonction immersive est avérée et vérifiable dès la première bobine, rappelant que son fabricant sait se montrer très à l'aise dans les espaces confinés (
USS Alabama,
Spy Game).
Ce qui ne veut pas dire que
L'Attaque du métro 123 connaît une course sans anicroches. C'est avant tout un film de commande - qui après
Déjà Vu, marque une nouvelle stagnation dans l'œuvre de son réalisateur – et donc sujet à des exigences commerciales influant sur la rétrogradation de son efficacité dans le dernier tiers du scénario de
Brian Helgeland, qui préfère laisser les joutes oratoires au bord du quai pour bifurquer à toute vitesse sur un duel plus physique lorsque l'improbable négociateur prend personnellement les choses en mains pour stopper les méchants. Et ce, malgré l'incohérence du cheminement d'un personnage présenté comme un Monsieur tout le monde, pas vraiment le dernier à vouloir confier les commandes de la transaction aux autorités. Pas insensées mais inévitablement accessoires sont les sous-intrigues de l'ordinateur portable et de la femme de
Washington qui surchargent la bonne cadence de cette bonne réactualisation des
Pirates du métro de
Joseph Sargent (ne sillonnant pas sur la même voie) incluant dans son background la crise financière de manière inattendue.
Sensiblement éloigné des canons habituels du film d'action d'aujourd'hui, L'Attaque du métro 123 nous replonge une décennie en arrière quand les blockbusters se devaient d'être en priorité efficaces et directs.