Huit ans après From Hell, les frangins Hughes nous reviennent avec un western apocalyptique controversé.
Depuis qu'une lueur a irradié le ciel et réduit la Terre à un désert aride voilà trente ans, Eli (
Denzel Washington) parcours en solitaire des paysages désolés et hostiles dans un seul but : apporter dans un endroit inconnu un mystérieux ouvrage capable de sauver l'humanité réduit à l'état sauvage. Ne sachant pas où se trouve exactement ce lieu, il entreprend de traverser tous les Etats-Unis à pied, luttant chaque jour contre la faim, la soif et les dangereux individus tentant de le tuer ou de lui ravir sa possession. C'est le cas de Carnegie (
Gary Oldman), le dictateur d'une ville reconstruite sur un tas de cendre et qu'il dirige d'une main de fer. Comme Eli, il a connu le « monde d'avant » et comme Eli, il connaît le pouvoir que possède ce livre sur les hommes, et compte bien s'en servir pour étendre sa tyrannie.
Le dernier long-métrage des frères Hughes c'est un peu comme un festival de films de genres, il y en a pour tous les goûts : de l'action, de l'anticipation, du post-nuke, du western et du chambara… Pour résumer,
Le Livre d'Eli c'est en quelque sorte la progéniture légitime de
Mad Max,
Zatoichi et
Je suis une légende (le bouquin de Matheson, pas l'adaptation grotesque avec
Will Smith !). Notre lonesome cowboy taciturne rejoint la civilisation (du moins ce qui s'en rapproche) comme l'homme sans nom débarque dans un patelin isolé de l'ouest, possède l'instinct de survie de ce maboule de Rockatansky et dégaine sa lame aussi vite que le rônin aveugle devant des cannibales qu'on dirait tout droit sortis d'un bis rital. Tout cela agrémenté d'un univers post-apocalyptique crédible (et qui mis à part quelques incrustations perfectibles n'empeste pas le tout numérique) et de scènes d'actions renversantes et brutales, car ayant le bon ton de se construire, malgré parfois leur rapidité, sans faire appel à un découpage haché menu lorsque
Denzel Washington met sa pâtée à dix gars dans un bar. Bien, mais…
Certes le spectacle est assuré d'une belle façon mais ce n'est pas de ce côté que
Le Livre d'Eli pêche, plutôt dans le fond. Un fond qui brasse abondement l'idéologie chrétienne sans prendre le moindre gant. Les réalisateur ont vu et apprécié
Les Fils de l'homme (l'attaque du pavillon filmée en faux plans séquences en est l'irréfutable preuve), cela ne veut pas dire qu'ils sont capables d'en retranscrire la subtilité symbolique et religieuse une fois que la nature du livre a été identifié et la mission évangéliste de son protecteur clairement définie. Du blockbuster efficace qui se nourrit du non-dit (le passé du personnage principal, l'origine du cataclysme…), le récit tombe peu à peu dans le grossièrement allusif : Carnegie nous est présenté en train de lire une biographie de Mussolini, la récitation du bénédicité suffit à allumer la foi chez
Mila Kunis (s'empressant de réitérer l'acte quelques minutes plus tard) etc… alourdissant l'énorme plaisir qu'on pouvait ressentir d'une bobine prenant le temps de s'intéresser à la puissance des mots, au mauvais usage que l'on peut obtenir de la religion, et à un possible avenir dans lesquels les hommes se battront pour des choses qu'aujourd'hui ils gaspillent en abondance.
Un spectacle aux indéniables qualités graphiques mais idéologiquement lourd lorsqu'il tourne au prêche pieu vantant l'absolution de la chrétienté sans prendre de pincettes. Sors de ce film, Mel Gibson !