Après Le Convoyeur et Cortex, Nicolas Boukhrief continue de creuser son sillon dans le polar français avec Gardiens de l'ordre.
Pour son troisième polar,
Nicolas Boukhrief continue de s'intéresser aux oubliés, aux dénigrés, aux ignorés du genre hexagonal. Après les convoyeurs et les flics à la retraite atteints d'Alzheimer (
Cortex), voici que l'ancien journaliste de Starfix décide de suivre la descente aux enfers des gardiens de la paix : policiers de proximité en connexion directe avec le public, dont l'image s'est particulièrement ternie depuis une décennie à cause d'une politique intérieure qui les aura placés en première ligne des clivages sociaux entre les gouvernants et la population se nourrissant de nombre d'idées préconçues (pour ne pas dire clichées), souvent péjoratives, sur cette profession aujourd'hui mal considérée. Qu'elles soient véridiques ou complètement à côté de la réalité, le réalisateur choisit de ne pas les ignorer, sans toutefois s'aventurer sur le terrain du documentaire ou du naturalisme à tout prix.
Car si
Gardiens de l'ordre explore les arcanes quotidiens du métier partagé entre patrouille et bureaucratie, s'il se pose dans une approche antinomique de la mystification héroïque du flic qui peut être proposée régulièrement à l'étranger (Etats-Unis, Hong-Kong), l'intention première de Nicolas Bouhkrief reste avant tout de faire du cinéma, du vrai. Cela se sent profondément dans un script bifurquant très vite dans la fiction - toujours reliée à des faits concrets mais également affiliée à un héritage cinématographique notable. Un simple appel pour tapage nocturne suffit à rompre le récit d'une besogne journalière en faveur du drame pur. Un agent froidement abattu par un fils de député sous l'emprise d'une drogue décuplant l'agressivité et c'est le début du cauchemar pour ses deux collègues, abandonnés par leur administration, obligés de s'aventurer hors des frontières de la loi, forcés de nager dans les eaux sombres du clan des dealers afin de laver leur honneur bafoué.
Le mouvement du long-métrage est lancé et il ne changera pas de cadence jusqu'à la fin, le réalisateur étant conscient que l'atout majeur de son scénario de série B (dans le bon sens du terme) est le dépouillement de la psychologie des personnages par l'enchaînement renouvelé des péripéties. Autrement dit, Bouhkrief sait qu'il n'a pas de temps à perdre en palabres et soulignements inutiles s'il veut obtenir une efficacité rythmique digne des pièces d'orfèvre américaines. En cela,
Gardiens de l'ordre touche au but, même si tout n'est pas parfait : pour une
Cécile De France et un
Fred Testot crédibles dans l'ambiguïté de leur uniforme (le petit tour de force du film dira-t-on) il faut se contenter d'une interprétation maladroite de
Julien Boisselier, qui pourtant aurait pu être formidable en voyou. Pour un suspense droitement construit, il faut accepter de bifurquer dans quelques sous-intrigues ne menant nulle part (la secrétaire suspicieuse).
Des détails plus ou moins d'importance qui seront vite éclipsés par un éventuel débat critique sur le rendu visuel de
Gardiens de l'ordre. A coup sûr, l'utilisation de la HD numérique ici ne fera pas l'unanimité, sinon celle du clan des allergiques qui ne supporteront pas l'aspect vidéo, voir « télévisuelle » de l'image, à contrario de la mise en scène notifiant d'une écriture filmique avérée. Justifiable dans sa volonté de capter les recoins obscurs des trafics des boîtes de nuit, le format le devient beaucoup moins lorsque le décor se limite aux murs blancs des couloirs du commissariat captés en plein jour. Beau ou laid ? Le parti-pris esthétique devra être jugé selon les goûts et la sensibilité de tout un chacun.
Entre volonté sociale et exercice du genre, Gardiens de l'ordre tente un difficile jonglage qui trouve un bon point d'appui sur la précision du scénario mais est déséquilibré par une forme graphique parfois déconcertante.