Poppy, c'est la copine qui a toujours la patate et qui a parfois le don de nous exaspérer. Mais ce genre de personnage peut-il vraiment exister ?
«
Be Happy » ou les aventures de Poppy, une londonienne au cœur tendre dont l'humeur reste inébranlable. A la regarder zigzaguer sur son vélo en collant résille, mettre des blancs de poulets dans son soutien-gorge pour le rembourrer, on comprend. La « happy attitude », c'est elle. On lui vole son vélo, la seule déception est de ne pas avoir pu lui dire au revoir ; un vendeur exécrable, elle lui lance un « garde la banane » et s'en va en clopinant ; un moniteur d'auto-école aigri et raciste, elle joue la fine psychologue et reprend rendez-vous pour une autre leçon. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle s'éclate partout où elle va.
Dans son film au titre original
Happy-go-lucky,
Mike Leigh a fait de Poppy non seulement un personnage mais aussi une entité qui fait d'elle un univers à part entière, un univers fondé sur l'optimisme, l'insouciance. Une question nous taraude en découvrant la protagoniste : comment réagirait-on face à quelqu'un qui ne cesse de sourire au monde entier même si celui-ci ne le lui rend pas ? Le réalisateur nous accorde quelques minutes pour tenter d'y répondre en nous laissant nous en tenir aux apparences. Au premier abord, cette femme de trente ans, dont la vie se résume à une colocation avec sa meilleure amie et des bringues alcoolisées entre copines, semble heureuse pour elle-même et ne se soucie guère du monde qui l'entoure. Et on la voit rire, rire de tout, rire de rien, rire tout court. On se retrouve devant une femme à l'humour déplacé là où le sérieux est pourtant requis (sa première leçon de conduite). Dans une même scène on a envie de la gifler et de la prendre dans nos bras. Du coup on a quand même un peu peur … peur que le film ne s'avère être qu'une succession de pitreries, de rires malvenus et barbants pour le spectateur. Un film agaçant en somme. Mais c'est sans savoir quelles sont ses réelles intentions ! Car oui elle en a, et si
Mike Leigh s'autorise une introduction déstabilisante c'est pour mieux nous surprendre ensuite ...
Le cinéaste va faire évoluer le personnage de Poppy tout au long du film. Pour contrarier l'image de la femme souriant telle une imbécile heureuse, mais aussi pour s'ancrer un peu plus dans le réalisme social, le cinéaste va préciser le portrait de Poppy en l'intégrant dans une vie sociale et professionnelle. Contre toute attente, elle occupe un travail qui demande sérieux, sens des responsabilités et altruisme : elle est institutrice dans une école maternelle. Exit le cliché de la délurée qui sourit béatement, car elle est aussi intelligente. Aucun complexe donc à adopter la Poppy attitude. Son sourire, c'est son arme pour aborder l'existence du bon côté et qu'importent les qu'en dira-t-on. Ce qui la rend encore plus attachante ce sont ses instants de faiblesses maladroitement masqués par son éternel sourire. Ces moments de malaise (sa rencontre avec le SDF, la violence de son moniteur) révèle une femme pas si insouciante que ça qui s'efforce de rire pour rester protégée. Et
Sally Hawkins excelle dans l'interprétation de cette femme authentique, entière. Sa récompense à la Berlinale 2008 d'un Ours d'Argent du prix d'interprétation féminine est largement méritée.
Mike Leigh parvient à figer tous ses autres personnages dans des plans serrés bien menés. Une façon de les extraire à leur tour de leur monde pour mieux les connaître. Mais il ne fait le procès de personne : un air de cinéma social propre au cinéma britannique flotte dans le film mais on ne rentre pas dans les détails, juste assez pour une identification réussie. L'histoire se déroule dans un milieu modeste. Un quotidien simple ponctué de soirées entre amis, de week-ends en famille un peu barbants, de questions existentielles ou non. Un
Sex & the City version middle class où tout est abordé avec modestie et sans tabou. Un hymne aux petits et grands bonheurs avec des fous rires qui viennent du cœur, des instants de tendresse sans pathos. Mike Leigh s’éloigne du réalisme trop social pour dépeindre objectivement la réalité d’une société pas si insupportable que ça si on y met du sien. Don’t worry, be happy.