Des malotrus ont fait l'erreur de zigouiller la fille de Mel Gibson. Ça va chier pour leur matricule! En fait, pas autant qu'on aurait pu l'espérer.
Autant être clair tout de suite :
Hors de contrôle n'est pas le vigilante furieux signant le grand retour devant les caméras de
Mel Gibson que nous a allèchement vendu la bande-annonce et la traduction française du titre. Si effectivement le nouveau film du réalisateur de
Casino Royale (James Bond ultra pêchu et rentre dans le lard) possède quelques poussées d'adrénaline bien senties au cours desquelles notre arme fatale peut en remontrer à tous les petits jeunes qui rêveraient de lui ravir sa place, et si le récit prend bien comme point de départ et de conclusion la vengeance d'un flic cherchant à obtenir réparation auprès des responsables de cette monumentale erreur qu'est le meurtre de sa fille, celui-ci ne se dirige qu'assez peu sur le terrain de l'action.
Au vu des origines du projet, il fallait plutôt s'en douter. Après tout,
Edge of Darkness, la minisérie britannique des années 80 sur laquelle avait déjà œuvré
Martin Campbell et qui sert de matériaux de base à son adaptation cinématographique, lorgne ouvertement du côté du thriller politique paranoïaque façon seventies. Car la jeune femme sauvagement assassinée (et on pèse nos mots) n'a pas été la victime collatérale d'une balle destinée à son super papa, mais était clairement la cible à abattre. Pour être sûr que celle-ci ne puisse dévoiler des dossiers compromettants sur un groupe militaro-industriel en relation directe avec le gouvernement américain, et dont la divulgation publique déclencherait un énorme scandale économique et écologique pouvant mettre en danger la sécurité nationale. Tellement énorme qu'il ne faut guère longtemps à un esprit assez déductif pour découvrir de quels enjeux il retourne dans cette quête vengeresse passablement légère.
A l'instar de
Jeux de pouvoir avec
State of Play,
Hors de contrôle doit considérablement réduire les six heures de suspense qu'offrait
Edge of Darkness. Sauf qu'à la différence de la très honorable adaptation de
Kevin McDonald, cette compression de l'histoire par
William Monahan et
Andrew Bovell ne se fait pas sans dégâts et abréviations pernicieux. Le dévoilement malhabile de toute l'affaire en est une des conséquences, tout comme le sacrifice de certaines sous-intrigues et des personnages secondaires. Le plus notable reste
Ray Winstone, homme de main chargé de garder dans la pénombre les agissements de ses employeurs et qui aidera tout de même
Mel Gibson à mener à bien sa mission punitive. Pourquoi ? Comment ? Les éléments de réponse sont donnés à l'emporte-pièce, ce qui a le don de brouiller inutilement un puzzle par ailleurs très facile à décrypter, tout en faisant regretter les avantages d'une meilleure exposition.
Ce qu'
Hors de contrôle pouvait gagner sur le domaine du long-métrage bourrin ou de l'investigation, il préfère l'obtenir par une charge émotionnelle et empathique, prenant le temps de s'attacher au désespoir du héros seul contre tous qui apprend à vraiment connaître son enfant au fur et à mesure que le schéma de la conspiration se dessine. Un peu de finesse dans un monde de brute, why not. Cela requiert de la demi-mesure et du tact, ce qu'un honnête (et inégal) artisan comme
Martin Campbell n'est pas toujours capable de produire malgré sûrement une bonne volonté (celui qui ne rigolera pas devant la naïveté du dernier plan sera soit très fort, soit peu exigeant). On devra se contenter d'une certaine aptitude à emballer correctement son paquet, bien que l'on puisse penser que la volonté de réalisme de la mise en scène est en fait la traduction d'un cruel manque de parti-pris, hormis dans le chemin purificateur exécuté par
Mel Gibson et sa morale ultra « manichrétienne » (sa réplique « choisissez entre être mis sur la croix ou enfoncer les clous » risque de ne pas plaire) qui imprègne sensiblement ce film sans doute trop sous le contrôle de sa star. Ou bien pas assez.
Qu'il s'agisse de son aspect film de vengeance ou de son côté thriller politique, Hors de contrôle ne satisfait qu'à moitié à cause d'un traitement trop modéré dans les deux cas. Se venger ou faire régner la justice, il faut choisir.