Katherine est experte scientifique, elle parvient comme personne à démystifier les phénomènes surnaturels. Mais à son arrivée en Louisiane, l’énigme des « dix fléaux d’Egypte » la poussera dans ses derniers retranchements…
L’efficacité est une nouvelle fois au rendez-vous pour cette superproduction
Warner Bros. qui décline des ingrédients censés être des valeurs sûres. Les américains connaissent la recette et nous la servent jusqu’à overdose : d’abord, il faut un grand nom sur l’affiche. Prenez d’abord
Hilary Swank et ses deux récents oscars de meilleure actrice pour
Boys don’t cry de
Kimberly Peirce et
Million Dollar Baby de
Clint Eastwood afin de vous assurer un succès déjà annoncé. Offrez-lui un rôle en or dans un film de genre : le genre fidélise et permet de remplir les salles.
Les Châtiments est un film d’horreur qui donne une bouffée d’air frais au film d’aventure, ça aide à la respiration, et c’est vrai que l’idée n’est pas idiote : Indiana Jones version film d’horreur, en effet ça coule tout seul.
Quel est l’intérêt de faire surgir du surnaturel dans un monde extraordinaire ? Aucun, cela va de pair, l’un permettant l’autre et réciproquement. C’est pourquoi nous sommes donc plongé au cœur de l’Amérique de souche puritaine, et bien pensante. La Louisiane nous ouvre ses portes, et la foi qui habite ses habitants est la bienvenue dans un film qui traite surtout de la religion. L’affiche ne pose aucune ambiguïté à ce sujet : le paradis ou l’enfer, le Bien ou le Mal, et la profonde difficulté à discerner les deux notions. La religion est le point névralgique du film, et la production en rajoute encore une couche, au cas où ; en brossant l’histoire d’Haven, cette bourgade aux douces allures de paradis (les deux termes Haven/Heaven, sont d’ailleurs phonétiquement très proches) où les mouvements sectaires prédominent.
L’énigme est toute simple : Haven est touchée par « les 10 plaies bibliques » qui auraient frappé l’Egypte ancienne : les marécages américains deviennent rouge de sang, comme le fut le Nil ; la ville est attaquée par une pluie… Ce qui vaut au film une séquence directement inspirée de la célébrissime scène des
Oiseaux d’
Alfred Hitchcock, les insectes remplaçant les démodés corbeaux de la scène d’origine. C’est à la très belle et incroyable
Hilary Swank alias Katherine Winter, que revient l’enquête. Sa composition est remarquable et entraînante, les autres acteurs n’ayant qu’à lui donner la réplique.
L’actrice campe une scientifique qui a pour seul but de prouver que tout a une explication. Très rationnelle, droite et dotée d’une logique imparable, elle court d’hypothèse en hypothèse pour tenter de comprendre l’apparition de ces fléaux. Cette opposition entre la croyance religieuse, et son scepticisme affiché est assurément l’enjeu majeur du film, surtout lorsque l’on cherche à replacer le film dans son contexte, et ces idées de guerre sainte, de confrontation Occident/Orient. Jusqu’à quel point faut-il oublier sa conscience pour répondre aux exigences de Dieu ? Plus simplement, si la plus arrêtée des scientifiques arrive à reconnaître que l’évènement est surnaturel, alors nous nous devons de lui faire confiance ; d’autant que tout est fait pour que l’on s’identifie à son personnage. C’est un postulat qu’il faut admettre et qui malgré tout, cloître le spectateur dans l’idéologie
Warner Bros., celui-ci devenant incapable de penser autrement, où au risque de perdre le fil. Frustrant.
Alors, il reste à admirer les décors naturels offerts par la Louisiane, sauvages et marécageux, vierges de toute dégradation, et peuplés de bestioles en tout genre. On est presque en Amazonie ou en Afrique. Mais à partir de cette nature foisonnante, le film délivre de réels éléments réflexifs, notamment sur l’origine de la peur. Qui se rebelle contre cette micro société ? C’est la nature, la faune, la flore, et les éléments qui se lient contre l’homme pour lui montrer qu’ils sont capables de résister ; et en un sens, de résister aux profondes modifications que l’homme lui fait subir. Ca y est, enfin
Warner Bros. met de côté sa propagande commerciale, pour tenter d’endosser un point de vue social qui a fait son succès d’antan. Un film d’« Horreur-Aventure » qui fonctionne avec efficacité, mais qui ne fait que réexploiter les ficelles d’un genre ultra codifié. On repêchera néanmoins de bons acteurs évoluant dans des décors soignés et un effort pour problématiser les sujets abordés.