Après leur brève incursion dans le Jura avec Peindre ou faire l'amour, les frères Larrieu nous embarquent dans un voyage aux Pyrénées fou, fou, fou!
Après le sombre
Peindre ou faire l'amour sorti en août 2005,
Jean-Marie et
Arnaud Larrieu se font (et nous font) plaisir avec cette comédie fantaisiste et délirante qu'est
Le Voyage aux Pyrénées. Les frères
Larrieu étaient partis pour faire un film urbain. Parce qu'il a été repoussé d'une année, ils en ont profité pour repartir vers leur contrée d'origine, les Pyrénées, où ils avaient déjà tourné
La brèche de Roland et
Un homme, un vrai, respectivement leurs second et troisième films. Poussés par l'urgence (
Le Voyage aux Pyrénées a été tourné en cinq semaines), les frères
Larrieu reviennent à la comédie légère (mais pas idiote) dont ils ont le secret.
Complètement extravagant,
Le Voyage aux Pyrénées conte l'histoire d'un couple d'acteurs en vacances dont le trip va s'avérer hallucinant et insolite (c'est peu de le dire !). Alexandre Dard et Aurora Lalu (noms qui ressemblent étrangement à des pseudonymes d'acteurs pornographiques) ont un problème : madame est hantée par des pulsions nymphomanes. Monsieur, ayant subi le même état lorsqu'il était adolescent, pense que les Pyrénées ont des vertus curatives pour calmer ces penchants obsessionnels. Sous les faux noms de Mr et Mme Go, le couple va alors vivre plusieurs aventures fantastiques et surréalistes plutôt réjouissantes pour les spectateurs.
Film sur les Pyrénées et son imagerie mais aussi sur une certaine façon de retrouver le désir,
Le Voyage aux Pyrénées est le
Magical mystery tour des frères
Larrieu, un film à la loufoquerie et au scénario improbable et hallucinogène (on y mange d'ailleurs des drôles de champignons) qui nécessite l'acceptation du spectateur. On y voit un tibétain parlant l'himalayen, un ours sauvage qui ressemble étrangement à un homme (il fait pipi debout), des personnages qui évoluent au fil de l'histoire sans se soucier des ruptures de ton, des moines chantants et nudistes (dont
Philippe Katerine) … Alliant la mystique du décor à un scénario aux tendances transgenres voir « queer »,
Le Voyage aux Pyrénées en déconcertera certains qui ne retrouveront pas le sérieux des réalisateurs de
Peindre ou faire l'amour. Ici, rien à quoi se raccrocher pour rester dans le rationnel si ce ne sont les acteurs (
Jean-Pierre Darroussin très bien,
Sabine Azéma exploitant quant à elle tout le comique de son tempérament). Et encore… Même leur jeu peut parfois paraître « borderline ».
Tout en poursuivant leur discours sur la sexualité à l'intérieur du couple, les
frères Larrieu osent tout, cette liberté étant à la fois la générosité d'un film décomplexé mais aussi, quelquefois, ses limites. La fin semble tout droit sortie d'un film de
Patrick Schulmann (
Et la tendresse? Bordel,
P.R.O..F.S.) et ce n'est pas la moindre des contradictions engendrées par ce voyage initiatique, à la fois ludique et angoissant dans ses délires les plus extrêmes où le « bizarre » des situations côtoie sans cesse le rire. On est en droit de préférer quand les
frères Larrieu se font plus sobres dans leurs travaux cinématographiques mais il est impossible de ne pas saluer le courage des metteurs en scène qui, une fois de plus, vont au bout de leurs désirs de cinéastes, et cela sans jamais oublier le plaisir du spectateur. Loufoque, surréaliste, foutraque mais sincère et généreux, les adjectifs manquent pour parler du dernier film des frères Larrieu. On accroche ou pas à cet univers très particulier. En toute subjectivité, le rédacteur de ces lignes trouve cela terriblement courageux et réjouissant.