Guy Ritchie dépoussière de façon amusante le mythe Sherlock Holmes. Les inconditionnels de Conan Doyle sont prévenus !
Les légendes ne sont plus ce quelles étaient. James Bond est devenu une tête brûlée au cœur brisé et au service d'une M matriarcale. Batman, un justicier pris de gros cas de conscience face à ses ennemis. Robin des bois s'apprête à se la jouer Maximus sous la direction de
Ridley Scott…. Dans ce climat de reboot et de réactualisation des héros populaires, il était obligé que le plus fin de tous les limiers d'Angleterre passe un jour au rayon relookage. Entre les mains de
Guy Ritchie, le
Sherlock Holmes nouvelle génération est un esprit insoumis, certes toujours maître dans l'art de l'analyse et de la déduction, mais aussi boxer hors pair rompu à l'utilisation des armes blanches et dépossédé de sa célèbre coiffe et de sa fameuse réplique (faut-il vraiment la citer ?) à l'attention de son acolyte Watson. Tiens parlons-en de ce bon docteur, qui troque sa silhouette rebondie et apathique pour celle plus longiligne d'un
Jude Law prenant une part plus active dans les enquêtes mouvementées de son ami, dont il s'apprête à quitter le 21 B
Baker Street pour s'en aller vivre la vie de couple.
Oui, les légendes ne sont plus ce qu'elles étaient car les temps changent et le public avec. Les spectateurs d'aujourd'hui sont très réceptifs au dépoussiérage d'aventures résolument tournées vers l'action bon enfant où les tribulations désopilantes d'un
Robert Downey Jr. en roue libre (ce qui n'est pas une critique négative) prennent le pas sur l'investigation pour mettre le grappin sur le paria Lord Blackwood (magnétique
Mark Strong), membre d'un ordre secret rompu aux sciences occultes, assassin de jeunes demoiselles revenu d'entre les morts et décidé à conquérir le royaume de sa Majesté par la peur, tout en remettant en cause le rationalisme chronique de son adversaire. Seuls les défenseurs du temple de Sir Arthur Conan Doyle trouveront matière à conspuer ce long-métrage franchement sympathique qui décide farouchement de relâcher le lien l'unissant avec les écrits originaux de l'auteur en adaptant la bande dessinée de
Lionel Wigram.
Et pourquoi pas, après tout ? Des réalisateurs comme
Billy Wilder ou
Nicholas Meyer ont bien joué avec le mythe en leur temps. Un
Guy Ritchie en quête de revalorisation de sa carrière depuis RocknRolla peut en faire autant s'il s'y attèle correctement. Et il faut reconnaître qu'avec un style « personnel » (pompeux dirons certains) plus refréné que d'habitude, l'ex-mari de
Madonna s'en sort avec les honneurs, trouvant à l'occasion quelques sursauts d'imagination. La réflexion imagée de Holmes sur la tactique à adopter pour vaincre ses ennemis mano a mano, d'abord filmée en hyper ralenti puis reprise à vitesse réelle au moment de l'exécution de l'acte, en est une belle qui n'a d'égale que la complicité communicative entre les deux comédiens principaux. Sans eux et cette relation sensiblement crypto-gay qui les anime, sûr que ce
Sherlock Holmes n'aurait pas ce goût au palais.
Car tout n'est pas parfait dans ce divertissement aux aspirations commerciales. Pleinement convaincu de son succès (les chiffres du box-office américain vont dans ce sens),
Warner Bros. a vu loin dans le temps et n'a construit
Sherlock Holmes que dans l'optique d'introduire les éléments d'un second opus (ou d'une franchise de longue durée) qui rentrera dans le vif du sujet. En voulant préparer le terrain d'un futur affrontement avec le Professeur Moriarty (qui sera campé par
Brad Pitt !), cette introduction au revival du détective n'utilise pas tout le potentiel qui aurait pu être le sien si elle avait laissé plus d'espace aux interprètes féminines (
Rachel McAdams et surtout
Kelly Reilly sont sacrifiées) et à la résolution du mystère ambiant n'apportant des réponses pas toutes satisfaisantes. Détails qu'on est tout indiqué à pardonner si
Guy Ritchie réussit à tenir les très nombreuses promesses qu'il vient de faire. Aucun droit à l'erreur ne lui sera permis.
Voir un réalisateur comme Guy Ritchie refaire un bon film divertissant et sans prétention mal placée demeure la plus grande victoire de ce Sherlock Holmes qui promet beaucoup pour la suite.