Quand un chanteur des années 80 se retrouve à cohabiter dans la tête d'un petit employé de bureau cela donne une comédie pour le moins iconoclaste.
Ah les années 80 ! Cette période si particulière où tout était permis, même les fautes de goûts les plus improbables. Où la France se déhanchait le samedi soir aux sons des tubes gentiment ringards du Top 50, composé principalement d'artistes vocaux éphémères, qui, juste l'instant d'une chansonnette, connurent une éclatante gloire. Comme Gilles Gabriel. Qui ? Mais si rappelez vous Gilles Gabriel, l'auteur imparable de perles telles que « S.O.S à l'amour » et « Flou de toi ». Aujourd'hui cette ancienne célébrité, réduit à scruter l'écoute de ses titres sur Nostalgie, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Et pourtant Gilles croit fermement en son come-back dans les charts. Son plan va vite se retrouver mis à mal quand suite à un accident de voiture il perd la vie et se retrouve coincé dans la tête de Jean Christian Ranu, misérable employé effacé d'une PME, tellement esseulé et coincé que son existence terne semble s'être arrêtée net à la fin des années 70. A charge donc au has-been trépassé de faire remonter la pente à son hôte ringard.
Ce pitch fort original et cocasse, nous le devons au duo
Nicolas et Bruno, brillants auteurs de la série
Message à caractère informatif, s'essayant pour la première fois au cinéma grand format. Histoire de ne pas être trop dépaysé lors de ce passage du (très) court au long, les deux réalisateurs ont embarqué avec eux leur univers particulier et décalé (cette peinture toujours aussi imparable du monde de l'entreprise), leur personnage récurrent de Ranu et quelques amis (
Alain Chabat,
Marina Foïs) pour un délire schizophrénique total, imprévisible, qui ne laissera personne indifférent.
La Personne aux Deux Personnes est pourtant loin d'être une œuvre complètement aboutie. Certes elle recèle d'idées farfelues, on sent le bouillonnement intérieur de créateurs désireux de concrétiser toutes leurs imaginatives trouvailles mais sans toutefois prendre le temps de canaliser leur énergie créatrice. En résulte un patchwork scénaristique partant dans tous les sens, qui aurait gagné à acquérir une véritable unité globale pour éviter les quelques défauts de passage (le rythme sporadiquement balbutiant, les réactions décousues du personnage de Foïs).
Cela n'empêche aucunement l'humour de
La Personne aux Deux Personnes de faire mouche la plupart du temps (la première et dernière partie, le sketch des toilettes…), grâce à un esprit très Nuls, une direction d'acteurs sans fautes (
Daniel Auteuil se rattrape de son erreur de
15 ans et demi), une fraicheur et une audace (à tous les niveaux) qui, dans un paysage audiovisuel français des plus moroses, ne peux qu'être applaudi et encouragé. On espère sincèrement que ce coup d'essai complètement flooouuu n'en restera pas là. Daniel Auteuil et Alain Chabat jouent la carte du deux en un pour faire plier de rire le spectateur et ça fonctionne plutôt bien. A voir pour ceux qui se désespèrent du manque d’innovation dans la comédie française.