On croyait avoir tout vu et tout compris de REC. Sauf que Jaume Balaguero et Paco Plaza avaient gardé leurs meilleures cartes pour la suite.
Qu'est-ce qu'une suite pouvait bien apporter au réputé
REC, l'une des sensations horrifiques de l'année 2008 ? A priori pas grand chose. Surtout quand on sait que l'idée de poursuivre l'histoire n'est survenue que très tardivement dans l'esprit de ses deux géniteurs
Jaume Balaguero et
Paco Plaza : seulement après le triomphe planétaire de leur bébé et les quémandes répétitives d'un public fébrile qui ne demandait qu'à refaire un tour de grand huit. Réembarquer dans un train fantôme cinématographique oui, mais pas avec un stupide copier/coller américanisé, comme le prouve la mésestime affichée à l'encontre de
En quarantaine. C'est donc avec une certaine surprise - y compris en période de séquelles automatiques annoncées plusieurs semaines avant le succès programmé – que les cinéphiles et autres cinéphages gorets ont appris la mise en branle précipitée d'un
REC 2, dont la sortie dans les salles obscures était destinée à précéder celle de l'original d'environ un an et ½. Notre duo hispanique aurait-il succombé à l‘appel de la rente facile et rapide, ou bien les encouragements des spectateurs ont-ils été le propulseur d'une motivation créatrice chez les réalisateurs ? Seule la seconde option est à retenir.
Certains critiques ne se sont pas privés d'avancer l'argument tout fait « la surprise est passée » pour dénigrer cette replongée dans l'immeuble bourgeois de Barcelone, lieu du drame grouillant de contaminés voraces, que va investir une unité d'intervention de la police, quelques instants suivant directement les événements montrés dans le premier opus. A croire que l'intérêt de
REC ne se limiterait qu'à une unique projection. On a beau connaître le terrain des opérations par cœur, difficile de ne pas être encore constamment sur ses gardes devant tous les pièges et embuscades pouvant surgir de n'importe où et n'importe quand (ce qui sera le cas), à chaque pas foulé, à chaque porte franchie par les malheureux protagonistes d'un long-métrage abordant les principes d'
Aliens, le retour, la référence ultime (avec
Le Parrain 2 et
L'Empire contre-attaque) en matière de suite réussie. Là aussi, il faut être aveugle ou complètement ignorant de l'œuvre guerrière de
James Cameron pour ne pas reconnaître la source d'inspiration de
Balaguero et
Plaza qui se dirigent vers le cinéma d'action sans dériver du trip effrayant immersif et sans renier celles empruntées à l'univers du jeu vidéo.
REC 2 confirme ce qu'on savait déjà : le diptyque est clairement l'adaptation officieuse (et pourtant seule valable) de la franchise
Resident Evil avec cette bâtisse sur plusieurs étages et ses appartements en forme de niveaux, passages obligés pour que le joueur passif puisse accéder aux clés d'un scénario minimaliste qui
a posteriori ne démarque pas le film d'une quelconque série B (Z ?) zombiesque. Cela serait à sa décharge si le parti-pris du point de vue à la première personne (démultipliée par la présence de plusieurs caméras) n'était pas là justement pour maximiser l'efficacité d'un shoot'em up en constante marche, se gardant bien de jouer dans la redite de son aîné qu'il préfère compléter d'atouts précieux : à commencer par une ingénieuse relance dans la seconde partie qui, portée par une exploration théologique de la maladie contagieuse, développe les indices laissés en rade dans la conclusion mémorable de
REC. Mémorable le sera tout autant le dernier plan de
REC 2, hommage direct (et dégueulasse !) au
Frissons de
David Cronenberg, et large ouverture pour un imaginable troisième acte démoniaque. Game Over ? Pas si sûr.
Une suite du même niveau (sinon meilleure) que l'original, associant adrénaline et frisson dans une continuité scénaristique au cadre limité mais totalement rempli à ras bord de sensations.