Quatre amis pickpockets et une jolie fille : soit l'équation du désordre, mis en scène par le grand Johnnie To.
Quelle période bénie pour tous les inconditionnels de l'infatigable
Johnnie To et de ses derniers ouvrages bénéficiant d'une sortie hexagonale suivant le rythme diligent de celui qui dégaine sa caméra plus vite que personne. Ainsi malgré les scores très moyens rencontrés par
Election 1 &
2 et
Exilé l'année dernière et ceux de la troisième section de
Triangle et
Mad Detective il y a quelques mois, le cadet
Sparrow ne se voit pas relégué à une seule sortie vidéo. Et c'est tant mieux !
Une poignée de spectateurs pourront donc profiter en grand format de cet opus « Tonien » un peu particulier dans la récente filmographie du nouveau maître de Hong Kong. N'espérez pas d'histoires de flingues entre policiers et malfrats vous n'en trouverez aucune. Tant bien même les quatre héros de
Sparrow sont des hors-la-loi, ces derniers ne se servent pas d'armes à feu, uniquement de leurs mains, à seul usage de détrousser les passants de leur portefeuille. Oui, nos larrons sont des pickpockets, des voleurs à la tire de premier ordre, vivant paisiblement de leur activité professionnelle. Jusqu'au jour où une mystérieuse jeune femme se met à faire à chacun les yeux doux dans le but d'obtenir quelque chose d'eux.
En gestation partielle depuis plusieurs années, (
To tournait un morceau puis le délaissait pour un autre de ses projets, avant d'y revenir…)
Sparrow se démarque surtout par son aspect expérimental, exercice de style formel, champ d'expérimentation visuel, scénique (la péninsule est une fois de plus exposée d'une manière inédite), tonalitique et scénaristique, nourrit des idées du moment de son metteur en scène. En découle un scénario certes prétexte à une simple mise en place d'éléments testeurs, mais qui a au moins le mérite de ne pas se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Le but affiché ici étant moins le tissage d'une intrigue parfaitement construite et agencée, que de trouver la meilleure façon de la mettre en image. Et de quelle façon.
Si l'on ne devait ne choisir que deux scènes de
Sparrow ce serait sans aucune équivoque le plan-séquence du début - démonstrateur des talents de resquille de
Simon Yam - et la scène, déjà classique, dite des « parapluies ». Deux moments de bravoures où le contrôle de
Johnnie To se fait éclatant : sa caméra volatile glisse, s'envole, tourne, se fige dans une mouvance parfaite tandis qu'il plie à sa volonté le temps et l'espace dans une sorte de passage furtif conduisant vers une nouvelle dimension de l'esthétisme pur (ou de pur esthétisme).
Johnnie To est un artiste libre (il est aujourd'hui dégagé de toute obligation personnelle de productivité), capable de matérialiser la moindres de ses envies et entend le faire savoir.
C'est ce sentiment de liberté totale qui se dégage de ce
Sparrow, léger comme une plume d'oiseau (une de ceux du volatile déclencheur de l'action ?), poussée naturellement par le vent de la comédie, du romantisme et du drame, dont on ne sait jamais avec certitude vers quelle destination il nous mènera. Peut être dans les bras de la charmante
Kelly Lin envers laquelle il faudrait être sacrément difficile pour ne pas succomber à sa séduction. Peut-être pas le meilleur ouvrage à ce jour de Johnnie To mais des exercices de styles enchanteur comme celui là on veut bien en savourer tous les jours.