Fabrice Luchini se retrouve dans les griffes affectives de la tenace Louise Bourgoin pour une comédie aux accents de tragédie. A moins que se ne soit le contraire.
Il y a quelque chose de profondément insaisissable dans le nouveau
Anne Fontaine, une aura fugitive impropre à se laisser capturer. Pourtant on croyait saisir complètement cette
Fille de Monaco avant même d'en avoir entrevu un seul morceau.
Un avocat d'assise parisien (
Fabrice Luchini) venu en terre monégasque pour défendre l'accusée d'un important procès médiatique se voit attifé d'un garde du corps (
Roschdy Zem). Peu habitué à la présence d'une figure stoïque le suivant dans ses moindres déplacements, le maître du barreau entreprend le tissage de liens humains avec son gorille devenant peu à peu un confident intime. Quand débarque sans prévenir une miss météo locale (
Louise Bourgoin), décomplexée et arriviste, elle va bouleverser l'existence paisible de l'homme de loi, devenu le sujet captif de la jeune femme à la beauté ensorcelante.
Rien de bien neuf sous le soleil de la principauté si ce n'est que
La Fille de Monaco se veut à l'image du personnage désignée par son titre. Un mélange de légèreté et de gravité, d'angélisme et de perversité, de naïveté et de machiavélisme, d'attraction et de répulsion … en résulte un sentiment partagé entre la fascination et l'ennui devant une œuvre déroutante, qui semble en constante recherche d'une forme à adopter pour cerner au mieux son exploration des rapports homme/femme. Forme qui malheureusement ne sera jamais vraiment définie.
Dans ce puzzle relationnel entrepris par
Anne Fontaine, c'est finalement le tissage de l'attachement affectif masculin qui se construit le mieux. Plus à l'aise semble-t-il pour brosser les traits d'une amitié ambivalente entre deux hommes issus de classes sociale différentes, plutôt que d'épousseter la passion aveugle du mâle envers une sirène au chant chavirant, la réalisatrice d'
Entre ses mains tente de nous offrir un mythe
Brigitte Bardot moderne sans toutefois y parvenir complètement.
Nullement la faute à
Louise Bourgoin, dont ce sont les (convaincants) premiers pas sur grand écran. Il aurait juste fallu que le personnage soit le vrai fil conducteur du récit et non pas uniquement l'agent perturbateur du duo
Fabrice Luchini (dans un numéro que l'on connaît par cœur)/
Roschdy Zem (animal). Un trio de comédiens faisant largement oublier une réalisation sans reliefs. Un peu paradoxale quand on filme le Rocher. Non ? Comédie, drame, thriller, romance à trois … difficile de mettre une étiquette à cette Fille de Monaco totalement hors de contrôle. C’est à la fois sa principale qualité comme son plus grand défaut.