Après avoir eu les faveurs du public et des professionnels du cinéma dans plusieurs Festivals, The Visitor se présente enfin sur nos écrans… Et c'est entre plaisir et curiosité que nous faisons la connaissance d'un quinquagénaire qui revisite la vie grâce à un djembé.
The Visitor est une production indépendante américaine qui a marqué les esprits et la profession. De récompense en récompense il remporte, entre autres, le Grand Prix du Festival de Deauville. Après avoir amassé quelques 10 millions de recettes aux Etats-Unis,
Tom McCarthy poursuit son envolée en France. Walter Vale (
Richard Jenkins) est un professeur quinquagénaire qui enseigne à l'université du Connecticut. Après avoir perdu sa femme, il mène une vie terne et monotone. Pour remédier à ça, il prend des cours de piano, pensant trouver un sens à sa vie et perpétuer la mémoire de son épouse, mais en vain. Au retour d'une conférence littéraire à New-York, il découvre que son appartement est occupé par un couple de clandestin Tarek (
Haaz Sleiman) et Zainab (
Danai Jekesai Gurira). Un brin réticent, il leur proposera néanmoins de rester. De là naît une amitié entre les deux hommes qui, par la pratique du djembé africain (Tarek en joue pour gagner sa vie), vont faire tomber les barrières culturelles et sociales qui les séparent. Walter commence à reprendre goût à la vie, mais un jour Tarek est arrêté par la police lors d'un contrôle dans le métro et placé en centre de détention pour sans-papiers. Walter fera tout pour sauver son ami de l'expulsion.
Toute la difficulté du film résidait dans le fait de ne pas basculer dans une comédie sur les différences culturelles, ni dans le film trop engagé politiquement. Dans
The Visitor, il s'agit d'un savant mélange entre réalité sociale, politique, et relations humaines. Entre humour, amour, amitié, tristesse, et colère. Ce cocktail émotionnel rendu possible par la parfaite interprétation des acteurs permet une immersion immédiate dans le film dès les premières minutes. L'univers dépeint par Tom McCarthy est empreint d'une dure réalité mais il y a toujours ce côté inaltérable des sentiments qui restent purs quoi qu'il arrive. Développer l'amitié entre le professeur et le clandestin autour d'un djembé africain est une agréable surprise. Le piano est désuet, le cinéma lui a déjà offert son heure de gloire dans de nombreux films. L'instrument sera rapidement rejeté par le professeur (et le cinéaste du coup) au profit du djembé. L'amitié entre les deux hommes va évoluer au rythme des percussions. Comme un cœur humain, l'instrument va battre pour maintenir en vie les protagonistes. Tarek veut gagner de l'argent en en jouant tandis que Walter veut trouver un sens à sa vie en le pratiquant. Et on se laisse emporter par la rythmique, un battement festif qui remplace les mots et nous rapproche nous, occidentaux, orientaux, sans-papiers, femmes, enfants et sans-abris. Un simple instrument qui arrête le temps, ignore l'espace et les différences pour ne garder que la chaleur des mains qui tapent frénétiquement au milieu d'une assemblée qui ne demande qu'à croire que la vie pourrait être aussi simple qu'un morceau de musique.
Le thème sensible de l'immigration est également amené avec précaution. Plus qu'un constat, moins qu'un parti pris,
McCarthy nous invite simplement à partager son point de vue et nous laisse ensuite le soin de nous faire notre propre idée sur la paranoïa des Américains depuis les attentats du 11 septembre. Psychose qui repose sur l'idée que tous les étrangers sont considérés comme des potentiels terroristes. Ils sont donc mis en quarantaine (entendons par là, un centre de détention pour sans-papiers). Avec une justesse touchante, aucun des protagonistes ne sera mis au second plan. Ils contribuent tous à l'évolution intérieure de ceux qu'ils rencontrent dans une parfaite réciprocité. L'interprétation y est pour beaucoup, mais c'est sans compter le remarquable travail de fond de Tom McCarthy sur la psychologie de ses personnages. Le professeur torturé au malaise palpable s'est exclu de toute forme de vie sociale : avec Tarek, il va se mêler peu à peu à la population, aux autres cultures. Dans son parcours initiatique, il rencontrera la mère de Tarek (
Hiam Abbass) qui lui confirmera que la vie a un sens. Mais réciproquement, grâce à Walter, la jeune mère va s'ouvrir au monde avec une sensibilité bouleversante et se rendre compte qu'en plus d'être mère, elle est aussi femme.
The Visitor échappe aux pièges des grandes thématiques qui auraient pu faire glisser le film vers le déjà-vu. Un plaisir pour tous les sens car la magnifique musique est un personnage à part entière dans le film, c’est elle qui en est l’élément déclencheur, perturbateur et le dénouement.