Hasards de la programmation : deux semaines après Infectés sort The Crazies, remake du film de George A. Romero.
En 1979, soit six ans après sa production, était sorti en France le film de
George A. Romero La Nuit des fous vivants – de son titre original
The crazies ; le succès, comme à l'international, fut mitigé et le film ne fit que peu de bruit ; il faut dire aussi qu'il souffrait de défauts handicapants … Mais comme nous sommes à une période où la fièvre du remake n'est pas encore passée, on trouva que cela pourrait être une bonne idée de dépoussiérer ce film.

L'histoire est relativement similaire : nous voici dans une petite ville tranquille qui voit soudain certains de ses habitants avoir un comportement incompréhensible. Certains comprennent que la folie de ces derniers vient d'une raison extérieure, et s'unissent pour tenter de s'en sortir ; ils doivent lutter contre bien plus que leurs compatriotes : le gouvernement qui décide de mettre la ville en quarantaine puis de la détruire complètement, habitants compris. Ce qui diffère en revanche, c'est le traitement de l'histoire, particulièrement en ce qui concerne le pouvoir : alors que dans le premier, le réalisateur s'attachait à montrer une puissance militaire presque écrasante, c'est ici bien plus subtil puisqu'il est représenté à travers des images satellites et d'ordinateur : ainsi, leur présence est bien plus inquiétante, plus menaçante. Ce gouvernement fantôme, omniprésent mais presque invisible, est alors montré comme peureux et rapide à tirer par crainte de quelque chose qu'il ne semble pouvoir contrôler – une autre forme de critique que dans le film de
Romero.
Malheureusement, en dehors de cette très bonne idée de « Big Brother », le film est extrêmement inégal. La première partie a un rythme indolent, peu percutant, qui peine à insuffler le climat d'inquiétude qu'elle recherche ; on nous dit bien vite ce qui arrive. L'histoire s'attache ensuite à nous montrer la folie qui prend petit à petit tous les habitants, dans de petites « saynètes » efficaces (on ne prendra plus les tunnels de lavage de voiture innocemment…) et souvent esthétiques qui mettent les héros aux prises avec leurs concitoyens, certes fous mais ayant conservé une curieuse lucidité. Si cela est sans contexte plutôt bien fait, la répétition du processus lasse. A ce moment la barrière entre les infectés et les normaux est alors bien trouble, nous faisant nous interroger sur le caractère extérieur de cette folie, qui est en fait bien présente dès le départ chez l'homme. Spirituel, n'est-ce pas ?
Pour finir, malgré une faction plutôt sobre en dehors de quelques moments à effets, les dernières minutes changent malheureusement de ton et nous font basculer dans le bête film de zombies ultraclassique – non pas que
The Crazies soit très original au départ, mais tout de même. Quant aux dernières images, elles sont presque ridicules ; c'est dommage, le déferlement d'effets pyrotechniques n'était pas particulièrement nécessaire.
The Crazies, remake de La Nuit des fous vivants, a pour lui quelques bonnes idées et de belles images. En dehors de cela, il reste convenu et manque d'ambitions.