Plus de 10 ans après L’Etrange Noël de Monsieur Jack, Tim Burton revient dans le domaine de l’animation avec Les Noces funèbres.
Après nous avoir livré cet été la délicieuse gourmandise
Charlie et la chocolaterie, qui a rencontré un beau succès sur la durée, on ne pouvait être qu’impatient de découvrir la nouvelle œuvre de
Tim Burton, d’autant plus qu’elle renoue avec le domaine de l’animation en stop-motion plus de dix ans après
L’Etrange Noël de Monsieur Jack. Nous voici donc au XIXème siècle, où le jeune Victor, fils de nouveaux riches, va se marier avec Victoria, la fille d’une grande famille bourgeoise. En plein doute, le jeune homme se rend dans les bois alentours et récite ses vœux de mariage en déposant la bague sur ce qu’il croit être une brindille. En fait, il s’agit du doigt d'un cadavre et Victor se retrouve ainsi marié à une jeune femme morte dans des circonstances tragiques. Il va se retrouver alors projeté dans l’excentrique monde des morts et va dès lors être confronté à un sérieux problème.
Autant le dire tout de suite, le scénario de ce nouvel opus burtonien ne comporte aucune réelle surprise, les événements se déroulant à peu près à chaque fois comme on les attend. Malgré tout, l’histoire tient nettement la route et sert de support de développement à une galerie de personnages hauts en couleurs évoluant dans deux univers bien distincts : le monde des vivants, sombre et triste, et le royaume des morts où la fête est la principale occupation. Par ce biais,
Tim Burton critique donc, grossièrement mais efficacement, la vie morne et insipide faite de gens fourbes et détestables. Les personnages présents sont ainsi tous parfaitement jubilatoires et brillamment définis, tous ayant une réelle consistance. Saluons donc le travail d’animation accompli tant le stop-motion requiert de la rigueur et de la patience. Les personnages sont ici tous très crédibles, étant tour à tour irrésistiblement drôles (certaines répliques sont à tomber) ou émouvants. Le personnage de Victor, hésitant entre deux femmes qu’il aime, est fait d’une fragilité qui le rend tout de suite attachant.
Les Noces funèbres, à l’instar de
L’Etrange Noël de Monsieur Jack, a recours à de nombreux passages chantés, qui sont cette fois-ci beaucoup plus percutants et délirants que dans ce dernier, notamment quand ils sont interprétés par les morts, donnant lieu à des scènes dans lesquelles toute l’inventivité et le délire burtonien refait surface à tel point qu’on se croirait revenu au bon vieux temps de Beetlejuice. On baigne tout au long de l’œuvre dans une atmosphère délicieusement morbide dont certaines scènes ne sont pas sans rappeler quelques bons vieux films gothiques d’antan où l’angoisse s’installe crescendo. Le personnage de la mariée cadavérique est utilisé à la perfection car elle est réellement troublante, tantôt attendrissante, tantôt vraiment effrayante (la scène de la première « rencontre » avec Victor est tout à fait saisissante).
Danny Elfman, fidèle parmi les fidèles, réalise une fois de plus une bande-son parfaite qui élève l’œuvre en donnant encore un peu plus de folie à l’ensemble. La force du film réside également dans le fait qu’il reste un conte universel accessible au plus grand nombre (excepté peut-être aux plus jeunes), malgré la présence de cadavres en tous genres. Véritable bain de jouvence pour Tim Burton, ces Noces funèbres laissent libre cours à sa folie créatrice pour un spectacle joyeusement morbide peuplé d’une galerie de personnages hauts en couleurs.