Après la sobre beauté de Lust, caution, Ang Lee nous offre un magnifique voyage à Woodstock et signe un film euphorique et solaire.
Onzième film du multic
arte Ang Lee,
Hôtel Woodstock est un film qui tombe à pic pour fêter le quarantième anniversaire de la fameuse manifestation musicale réunissant sur scène et durant trois jours, quelques-uns des meilleurs musiciens de l'époque (
Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joe Cocker, Canned Heat, The Who…). Si le cinéaste d'origine taïwanaise, qui avait alors 14 ans, se souvient encore des images qu'il a vues, ado, à la télévision, c'est une rencontre avec
Elliot Tiber, la personne qui a permis le festival, qui lui a donné envie de travailler sur le sujet. Le résultat est étonnant mais enchanteur.
Manifestement, ce qui a intéressé
Ang Lee c'est de recréer l'ambiance et l'atmosphère de Woodstock en s'attachant davantage aux personnages de son film (Elliot, sa famille, un vétéran local du Vietnam, un ex-marine travesti, etc.) qu'à ce qui s'est passé sur scène. D'ailleurs, pour ça, il existe déjà, le documentaire de
Michael Wadleigh auquel le réalisateur fait de judicieux clins d'œil (montage en split screen, reconstitution de scènes…). Sans ironie aucune mais avec un humour toujours présent, le metteur en scène a scindé son film en deux parties. La première traite de la façon dont la manifestation a pu avoir lieu, comment elle s'est organisée, alors que la seconde se rapproche davantage de l'humain et des changements que ces « trois jours de paix et de musique » ont eu sur les différents personnages qui constituent le cœur du film. Coté réalisation,
Ang Lee filme avec la belle aisance qu'on lui connaît, plaçant, ici ou là, des petits morceaux de bravoure cinématographique : un travelling en moto à travers la foule, un trip sous acide sidérant dont l'image finale est splendide…
On retrouve alors la thématique principale du cinéma disparate (en tout cas dans les genres traités) d'
Ang Lee : la liberté. Comme il aime le faire, le metteur en scène traite donc de la liberté (mais aussi de l'homosexualité, autre terme récurrent, l'un étant presque le reflet de l'autre, le fait d'accepter sa sexualité étant vu comme l'ultime acte de libération de l'individu ce qui est flagrant dans
The Ice storm ou
Le Secret de Brokeback Mountain, par exemple). Woodstock étant l'évènement idéal pour parler de l'affranchissement des règles sociales, il était donc normal que le cinéaste qui aime mêler la petite histoire à travers la grande (souvent des contextes sociaux ou politiques) s'en empare. Bien qu'il risque d'en décevoir certains par son parti-pris scénaristique,
Hôtel Woodstock fascine, amuse, émeut.
Que dire de l'interprétation sinon que, curieusement, le comédien principal (
Demetri Martin, inconnu ici mais très connu aux Etats-Unis pour ses spectacles de stand-up) est un peu à l'étroit dans son personnage inhibé et timide (celui du vrai
Elliot Tiber, on l'aura compris). On retient davantage la prestation des deux parents, juifs immigrés d'Europe de l'Est interprétés par une
Imelda Staunton (la
Vera Drake de
Mike Leigh) très énervée (et parfois énervante) et un
Henry Goodman (vu entre autres dans
Hooligans) incroyablement émouvant.
Dans des rôles secondaires (mais non-dénués de présence),
Emile Hirsch (Into the Wild) et surtout
Liev Schreiber (dents de sabre dans
X-Men Origins: Wolverine) sont, quant à eux, plus que parfaits. Magnifié par la musique de
Danny Elfman (la bande originale des films de
Tim Burton, c'est souvent lui) et la photographie d'Eric Gautier (qui a travaillé sur Into the Wild avec
Sean Penn mais aussi beaucoup avec
Patrice Chéreau,
Olivier Assayas ou encore
Arnaud Desplechin),
Hôtel Woodstock est un film qui, entre sourires et nostalgie, vous offre deux heures de bonheur et vous fait regretter le fait de ne pas avoir vécu ces trois jours de liberté dont les valeurs revendiquées sont strictement à l'opposé de celles qu'on nous impose aujourd'hui. Comme le répètent les personnages à la toute fin du film : « Merveilleux ! ».
Hôtel Woodstock est un film magnifique qui navigue entre reconstitution d'atmosphère réussie et drôlerie des personnages et des situations. Un cocktail (non molotov) brillant et touchant.