Dans la grande tradition des sales gosses du cinéma, l'infect chérubin de Joshua se pose là. Pour l'adoption, c'est à vos risques et périls.
Joshua, new-yorkais d'une dizaine d'années, ressemble en apparence à tous les enfants de son âge. Pourtant, en l'observant, on se rend compte rapidement qu'il n'en n'est rien. Taciturne, posé, insensible, le faciès perpétuellement figé, étranger à tous les jeux de ses camarades, doté d'une intelligence et d'une précocité étonnante…
Joshua n'est pas un petit garçon comme les autres. Ce qui n'empêche nullement ses parents de l'aimer profondément. Mais quand une deuxième progéniture fait son entrée au sein de la famille, la prétendue jalousie du fils va se traduire d'une manière inquiétante,
Joshua abordant un comportement de plus en plus étrange et malsain.
A la lecture de ces quelques lignes, la deuxième fiction de
George Ratliff (issu du documentaire), avec son bambin démoniaque faisant le cauchemar de ses géniteurs, s'impose clairement comme une relecture de
La Malédiction. Toutefois pour ne pas méprendre le spectateur, il faut le mettre en garde que l'œuvre n'est aucunement apparentée au fantastique ou au cinéma horrifique. Un peu comme si on avait expurgé le film de
Richard Donner de tout ses attraits surnaturels et sataniques pour ne conserver que l'idée de départ ainsi que la destruction progressive du bonheur d'une famille bien sous tous rapports. Inutile d'espérer donc voir la descendance du diable exercer son sanglant dessein, le ton est ici au vérisme, façon
Rosemary's Baby. Vous voilà prévenus.
Mais si
George Ratliff est un admirateur de Damien et de
Roman Polanski, il subsiste très en dessous de ses aînés. Car il est clair que le réalisateur, même s'il manie avec tact et élégance ses outils de travail (la lumière blanchâtre pénétrante, la montée progressive du mal être, la musique extra et intra diégétique…), démontrant par là une subtilité certaine dans la description des enjeux psychiques, est en perpétuelle hésitation quant à la nature de son contenant. Thriller psychologique ou film d'horreur ? Frousses ponctuelles ou climat oppressant ? A ces interrogations,
Ratliff ne tranche jamais dans un scénario aux multiples ingrédients mal dilués, rendant la soupe trop disparate. En découle une narration à deux vitesses mal équilibrée (la mère perd la boule en deux jours, le cœur du sujet se concrétise dans les 20 dernières minutes) et des tentatives d'effroi sporadiques mal amenées (l'enfant toujours aux aguets derrière une porte).
S'ajoute à cela un discours des plus ambigus :
Joshua parle-t-il du conformisme de la haute société de Manhattan ? De ses travers cachés ? De l'extrémisme religieux (sa grand-mère est une évangéliste tentant de l'embrigader) ? ... Seul le réalisateur peut nous éclairer. On pourrait saluer la décision courageuse de ce dernier de ne pas nous donner d'emblée toutes les cartes en main, de ne pas laisser son public inactif, confortablement installé dans son fauteuil, de ne pas offrir une réponse prédigérée à ce même public trop habitué à ce qu'on lui serve la tambouille directement dans la bouche. Sauf qu'entre un récit rabâché, sans risque, et un autre totalement obscur dans ces intentions, avec lequel on ne sait sur quel pied danser, il y a un grand écart qu'une majorité de gens ne sont pas capables d'exécuter. Enfin, « totalement obscur » est un terme un peu exagéré, la finalité des agissements du gamin se révélant dans une conclusion imprévue (bien malin sera celui qui la devinera) mais en plaqué-or.
Joshua, une œuvre incommodante à l'image de son jeune comédien
Jacob Kogan à la limite de la léthargie physique heureusement rattrapé par les excellentes prestations du couple
Sam Rockwell (Confession d'un homme dangereux) et
Vera Farmiga (
Les Infiltrés). Quelle que fut la volonté première de son metteur en scène, à force de sans cesse nous tirailler dans tous les sens, Joshua échoue dans ses ambitions. Un thriller plus énervant que stressant.