Quand le réalisateur de L'Armée des morts et 300 s'essaye au cinéma pour spectateur en culottes courtes, le résultat est-il chouette ?
Alors qu'il commence son apprentissage de vol, la jeune chouette Soren et son frère aîné Kludd sont kidnappés par les « Sang-Purs », une communauté maléfique qui réduit en esclavage les habitants des autres royaumes afin de collecter une pierre qui leur garantira la domination du monde. Pendant que Kludd se laisse séduire par la force de ses ravisseurs, Soren décide de s'enfuir et de partir à la recherche des « Gardiens de Ga'Hoole », ces guerriers légendaires qui peuplaient les histoires que lui racontait son père…
On ne reprochera pas à
Zack Snyder de s'adresser essentiellement aux enfants avec
Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens. D'une part parce que le réalisateur de
Watchmen – les gardiens, jusqu'ici cantonné à un cinéma d'adulte (sans être forcément « adulte »), ne s'est jamais caché des origines du projet visant en premier lieu à faire plaisir à ses propres bambins en adaptant la série de romans de Kathryn Lasky, déjà destinée à un jeune public. Par contre, on sera un peu plus tatillon envers un scénario (compilant les trois premiers tomes) qui ne cherche pas une seconde à s'extirper du conte de fées classique et ultra codifié, ligoté par un amoncellement de manichéisme primaire nourri des grands mythes anciens (Abel et Caïn…) et d'une structure archétypale répondant clairement à l'idée du « monomythe » de Joseph Campbell. Les petits ont droit à leurs films mais est-ce une raison suffisante pour se refréner artistiquement et ne pas faire éclater les frontières de leur court horizon ? Pour l'auteur de ces lignes, la réponse est fondamentalement non.
Surtout qu'au-delà de sa constitution de « film pour mioche »,
Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens se caractérise par un vrai décor d'héroic-fantasy qui, entre les mains du responsable de
300, arbore souvent un premier degré et une violence psychologique pouvant impressionner les plus sensibles : on se bat pour tuer l'adversaire (en cela les combats sont plutôt étonnant de brutalité), on souffre, on meurt dans ce véritable récit chevaleresque dont la noirceur est tout juste gommée par le design croquignolet des oiseaux et un humour gentillet qui ne s'imposait pas d'emblée. Comme si
Zack Snyder essayait malgré tout de laisser échapper inconsciemment son goût du spectacle épique et brutal sans arriver à complètement outrepasser les contingences de ses (nobles) intentions de départ.
Projet sensiblement schizophrène (à l'image de sa bande-son associant orchestration baroque et pop musique moderne anachronique),
Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens dissimule en son sein deux longs-métrages qui bataillent entre eux, annihilant en partie l'ampleur et l'émotion qui auraient pu le parsemer. N'en reste pas moins une œuvre graphiquement superbe (beau travail d'
Animal Logic), certes parfois tape-à-l'œil dans ses effets (on sent que
Snyder est derrière ce qui n'est pas forcément un défaut en soit), mais dotée d'une puissance iconique qu'on ne lui aurait pas suspecté de prime à bord. Le tout magnifié par une 3D stéréoscopique d'un beau plumage qui se rapporte à son ramage.
Sorte de pause récréative et enfantine pour son réalisateur Zack Snyder (en attendant Sucker Punch), Le Royaume de Ga'Hoole - la légende des gardiens est un joli conte de fées animalier qui frappe la rétine mais qui aurait pu prétendre à un traitement scénaristique plus ambitieux.