Danis Tanovic, réalisateur de No Man's Land, revient avec une nouvelle histoire sur l'homme face à la guerre.
Il y a dix ans,
Danis Tanovic nous avait livré
No Man's Land, très bon film sur deux hommes, l'un Serbe, l'autre Croate, qui sont forcés de trouver une entente dans une situation sans issue. Cette semaine, c'est à nouveau l'histoire de deux hommes au cœur d'un conflit qu'il nous raconte : celle de deux photographes de guerre au Kurdistan. L'un est jusqu'au-boutiste, l'autre plus prudent – d'autant plus qu'il veut rentrer car il n'en peut plus et tient à revoir sa femme sur le point d'accoucher. Même si les deux amis sont là pour couvrir le conflit en cours, ils mènent un projet parallèle : un photoreportage poignant sur un médecin qui, dans son dispensaire de fortune, trie les blessés (les « sauvables » et les condamnés) par un petit bout de carton coloré, et achève les mourants d'un coup de pistolet. C'est d'ailleurs de là que vient le titre anglais, Triage, bien plus juste que notre « yeux de la guerre ».

Voilà donc le début du film, mais ce n'est pas là le sujet : l'un des journalistes revient, tandis que l'autre est absent, et commence alors le processus d'acceptation et de retour en arrière. Accepter d'être en vie, en sécurité chez soi ; soutenir le regard des autres, qui ne savent rien de la guerre ; mais surtout, admettre la réalité de la situation, qui nous est donnée par bribes même si on comprend assez rapidement la clef de l'histoire.
Colin Farrell joue donc ce personnage central qui se reconstitue progressivement, d'abord physiquement puis, surtout, moralement vi a une curieuse thérapie. Ce déplacement du sujet évite à
Eyes of War d'être un simple film de guerre pour le laisser s'interroger sur la culpabilité du survivant et l'importance du deuil.
Le traitement est intéressant : parce que l'histoire est présentée comme un thriller, la construction n'est pas linéaire et permet ainsi une approche relativement originale. De plus, le but n'est pas de nous faire pleurer devant la dureté de la situation : tout en montrant la réalité du travail de photographe de guerre, toujours au cœur de l'action, courant avec les soldats, proche des morts et de la souffrance, le film reste sobre. Il montre bien cette profession physiquement engagée mais moralement douteuse, sans pour autant la condamner. En revanche, la plus grosse partie, après le retour, est pleine de longueurs et de scènes inutiles malgré des seconds rôles justes qui apportent de l'épaisseur à des personnages un peu pâles. Cela alourdit grandement le film et nous fait décrocher à certains moments ;
Danis Tanovic est meilleur au cœur d'un conflit que dans un drame psychologique et cela se ressent fortement.
Malgré de bons acteurs et un sujet lourd relativement bien traité, Eyes of War souffre d'un manque de rythme certain et de quelques errances de ton.