Très attendu, Le Petit Nicolas ravira les nostalgiques du vintage et des cours de récré. La guerre des boutons est déclarée.
Qui n'a jamais entendu parler des aventures du Petit Nicolas, le personnage littéraire imaginé en 1959 par
René Goscinny et illustré par Jean-Jacques Sempé ? Ce héros des cours de récré est pourtant un petit garçon ordinaire. Entouré de sa bande de copains, ils sèment un joyeux désordre partout où ils passent. Une œuvre universelle en ce qu'elle a traversé le temps sans prendre une ride. Dans l'adaptation cinématographique de
Laurent Tirard, Nicolas mène toujours une existence paisible jusqu'au jour où il croit comprendre que sa mère attend un enfant. Il voit en cette future progéniture un concurrent gênant et cherche un moyen avec ses copains de s'en débarrasser avant que ses parents ne décident de l'abandonner dans la forêt… comme le Petit Poucet.
Laurent Tirard ne s'est pas seulement contenté d'adapter niaisement les aventures du Petit Nicolas cédant ainsi à la facilité d'une œuvre déjà populaire. Les péripéties étant nombreuses, il a fallu faire un choix. Alors pour ne pas nous déstabiliser, le cinéaste s'est concentré sur deux intrigues : les parents de Nicolas qui s'apprêtent à recevoir le patron du paternel à dîner et la peur du petit garçon alimentée par la conviction qu'il sera bientôt orphelin.
Simple et efficace, car autour de ces deux pivots centraux s'articulent les aventures rocambolesques de Nicolas et de sa bande de copains. Les gags s'enchaînent pour le plaisir de nos zygomatiques. On retiendra la séquence hilarante de la visite médicale, du dîner et certains clins d'œil amusants tels que celui faisant allusion aux Choristes. Sans jamais tendre vers le catalogue facile, les situations comiques défilent de façon réfléchie. Les enfants font les quatre cent coups dans un monde où tout est possible, mais surtout crédible. Et on se surprend à envier cette bande d'heureux marmots. La transition entre le monde dessiné et le cinéma s'effectue avec maestria.
Laurent Tirard a su créer son propre univers, un univers atemporel doté d'un parti pris formel faisant ressortir un charme pittoresque à la
Jean-Pierre Jeunet plus qu'appréciable.
Mais aussi une créativité issue de l'imaginaire même des personnages. C'est ainsi que le petit Agnan, l'intello surnommé « le cafteur », se retrouve souvent affublé d'un horrible costume de cafard. La difficulté du film résidait sans sa capacité à décliner l'œuvre de Gos¬cin¬ny de façon créative sans pour autant la dénaturer. Dès les premières minutes du film, le spectateur se retrouve happé par ce microcosme social dans lequel les enfants ont établi une hiérarchie qui leur est propre. Les parents de Nicolas, interprétés par
Kad Merad et
Valérie Lemercier, ajoutent une dose de « maturité » plaisante car elle permet de confronter leurs préoccupations à celles de leurs enfants. Les répliques explosives fusent et le duo fonctionne à merveille. On regrettera seulement un personnage central un peu trop discret. Malgré sa gueule d'ange, Nicolas manque d'épaisseur et d'audace. Mais c'est presque tant mieux, ainsi nos yeux sondent avec délectation chacun des personnages présents. Certains seront sûrement déçus par la caricature proéminente qui gouverne les protagonistes, d'autres seront charmés par une facture fidèle à l'esprit de l'œuvre.
Le Petit Nicolas est sans conteste le film français de la rentrée. Grâce à des personnages attachants et à un humour omniprésent, Laurent Tirard parvient à revivifier cette inguérissable nostalgie de l'enfance rêvée.