Après World Trade Center, Oliver Stone revient avec un portrait du chef d'Etat américain. Une volonté d'éclaircir l'Histoire ? Raté. Les propos et les intentions du cinéaste restent aussi flous que celle-ci.
Expédié juste avant les élections américaines sur nos écrans,
Oliver Stone réalise un film sur l'homme qui a changé le monde. Premier film réalisé sur un président encore en fonction,
W. - L'improbable président dresse le portrait d'un homme qui n'avait rien d'un président, que rien ne prédestinait à une carrière politique de cette envergure et qui a pourtant réussi à grimper les échelons de la présidence pour montrer à son père de quoi il était capable. L'idée en soi n'est pas mauvaise, car les biopics, lorsqu'ils sont bien menés, peuvent s'avérer intéressants. Le problème avec ce film, c'est qu'on sait juste (et vraiment rien de plus) qu'il était improbable que George W. Bush devienne président mais qu'il l'a tout de même été (et l'est encore pour quelques jours). Autant se contenter de lire le titre et regarder l'affiche où on le voit affalé sur son bureau, le message serait aussi bien passé.
A trop vouloir montrer que George Bush, avant d'être un président, était un homme sans manières, sans élégance, on se perd dans des futilités à la
Franck Dubosc (et oui même les « stars » font leurs besoins, crachent, mangent comme des « porcs »). Une succession de banalités inutiles, car au bout de sa deuxième bière et d'une danse sur les comptoirs d'un bar dans les bras d'une femme, on a déjà compris. Le film tourne en rond et se mord la queue car il n'y a aucune réelle intention de la part de
Stone. Les ressources s'épuisent dès les premières minutes, donnant à voir un homme affectionnant l'alcool, la fête et les femmes … what else ? Hormis ses vices et pêchés,
Stone sauve la face de ce ‘pauvre' homme écrasé par un père ambitieux et mentionne sa fameuse révélation divine qui l'aura convaincu d'arrêter l'alcool, de prier avant ses réunions, après ses réunions, avant la guerre, après la guerre (on ne compte pas moins de dix prières dans le film), Amen. Le récit mimétique de certains chapitres de la vie de George.W Bush manque de souffle. Une copie conforme à la réalité (la conférence dans laquelle il a été déstabilisé par les questions sur l'Irak) qui laisse indifférent car « recopiée » image par image avec lourdeur, comme pour montrer qu'il n'invente rien (toutefois, mention spéciale pour l'imitation hilarante de Jacques Chirac au téléphone qui dit que la guerre en Irak c'est mal).
Néanmoins cette recherche d'exactitude aura eu le mérite de mettre en valeur le jeu des acteurs. L'interprétation dans l'ensemble est juste, et on ne tombe ni dans le cliché, ni dans la parodie grossière. Le parallèle passé/présent est maladroitement mené, les éléments de comparaison n'étant pas clairement exprimés. On passe d'une époque à une autre, comme on saute d'un coq à un âne avec en prime un choix incohérent des épisodes de la vie du président. Car comment ne pas remarquer que pas une seule minute n'a été consacrée à la campagne présidentielle et à l'élection du principal concerné ? Hormis cette narration décousue, le contenu même de la trame reste pauvre en éléments historico-politiques. Sans trop en demander, eu égard aux intentions du réalisateur qui cherche simplement à faire le portrait d'un « pauvre type » devenu président, on se serait tout de même attendu à un minimum de rappel historique. Que celui qui pensait s'instruire aille d'abord faire un tour à la bibliothèque. On n'apprend rien sur le dossier Irakien sinon qu'il s'agit d'une revanche sur la figure paternelle. Une revanche disproportionnée, un peu facile pour justifier les excès de ce chef d'Etat qui veut frapper toujours plus fort pour montrer que son père a eu tort de favoriser la carrière de son frère. Un règlement de compte maîtrisé avec difficulté. On pense à la séquence onirique, où les deux hommes veulent en venir aux mains dans le bureau de la Maison Blanche, qui semble avoir été larguée à l'aveuglette en plein milieu du film pour illustrer le conflit entre le père et le fils.
Loin d’être mauvais, ce film cache un potentiel qui n’a pas été exploité. Inachevé, incomplet, décousu. Oliver Stone donne à voir une reconstitution historique mêlant vie publique et vie privée sans avoir l’air d’être lui-même convaincu par son film. Dommage.