Un problème d'aliens ? Pas de soucis, DreamWorks a une solution monstre et efficace à vous proposer.
Sur le point d'épouser l'homme de ses rêves, Susan Murphy voit la cérémonie tourner au cauchemar quand une météorite lui tombe dessus, finissant par la transformer en un monstre géant. Capturée et enfermée dans un complexe militaire top secret (la fameuse zone 5… arrrgh !!!), Celle qu'on a rebaptisée Ginormica découvre plusieurs de ses étranges voisins de cellules : Dr Cafard, un savant fou métamorphosé en insecte suite à une expérience ratée, B.O.B une matière gélatineuse et indestructible résultant d'un croisement entre une tomate et une sauce barbecue de synthèse génétiquement modifiés, Le Chaînon Manquant un être moitié amphibien moitié singe et Insectosaur, un insecte aussi grand qu'un gratte-ciel. Destinés à ne plus revoir la lumière du jour, la bande de freaks est alors sollicitée par le gouvernement pour repousser une invasion martiennes.
Depuis environ une dizaine d'années - excepté réellement Fourmiz et les deux premiers Shrek -
DreamWorks Animation n'a pas particulièrement brillé dans le domaine de l'animation 3D, restant souvent en termes qualitatifs loin derrière l'indétrônable Pixar et son empilage régulier de chefs-d'œuvre qui se démarquent nettement de concurrents peu ou pas exigeants lorsqu'il s'agit de proposer un regard farouchement neuf, progressiste et vivace sur une production cinématographique longtemps dévolue à la seule intention des tête blondes. Alors que
John Lasseter pousse ses équipes à l'audace, le patron Jeffrey Katzenberg lui semble continuer d'exiger de ses collaborateurs l'avancement dans un sentier tout tracé, sûr, dénué de la moindre prise de risque.
Tout cela pourrait bien changer (du moins évoluer sensiblement) avec l'arrivée de
Monstres contre Aliens, détournement et hommage avoué aux films de sciences-fictions et fantastiques des années 50/60. Du temps où les extra-terrestres étaient forcément des envahisseurs venus conquérir la planète Terre, où une femme pouvait se transformer en géante de 50 pieds, d'énormes insectes ravager des villes entières, d'ignobles créatures difformes semer la panique et le trouble dans de petites bourgades du fin fond des Etats-Unis… l'époque fantaisiste (et révolue souligneront les nostalgiques) de
Godzilla,
La Mouche noire,
Danger planétaire,
L'Etrange créature du lac noir etc. Autant de références cinéphiliques adultes qui, une fois n'est pas coutume, s'imbriquent harmonieusement les unes aux autres pour former un tout homogène sans que le moindre clin d'œil parodique ne paraissent anachronique ou le reflet d'une sous-culture contemporaine afin de gagner docilement la sympathie du jeune public.
Premier bon point à attribuer à ce
Monstres contre Aliens qui satisfait agréablement aussi bien du côté comédie que du côté « action » pensé comme un film live et sérieux (à l'image des scènes d'arts martiaux du malheureusement pas très drôle
Kung Fu Panda), tirant le meilleur parti de la trois dimensions notamment lors du clash riche en dégâts matériels entre notre équipe d'improbables sauveurs de l'humanité et un robot géant avec le pont du Golden Gate de San Francisco au milieu. Le niveau d'excellence formelle des
Indestructibles n'est pas atteint mais il serait hypocrite de refreiner une satisfaction patente qui aurait pu être pleine si à la suite le scénario ne connaissait pas un essoufflement en milieu de parcours suivie d'une lente remontée dans sa deuxième moitié moins amusante que la précédente.
Les créateurs de
Monstres contre Aliens n'ont visiblement pas su comment procéder pour imbriquer élégamment et efficacement le climax final avec le reste du métrage patinant du coup dans un vain discours encastré et téléguidé sur le concept de normalité et l'acceptation des différences chez l'autre. Fort heureusement, le moralisme pompier et les violons mielleux sont restés au placard pour l'occasion. Changement pas négligeable (et méritant d'être souligné) pour un studio ayant la fâcheuse habitude de tirer machinalement sur la corde sensible. Quoi qu'il en soit,
DreamWorks Animation vient de poser les bases d'une marche à suivre dans le futur. Et pourquoi pas un
Monstres vs Aliens 2 ? L'univers dépeint y est propice et ne demande qu'à connaître un approfondissement plus poussé de son postulat de départ.
Les créateurs de Madagascar cultivent avec humour notre nostalgie des films de science-fiction d'antan. Même si ce n'est pas avec une virtuosité constante, il n'y a pas de quoi se priver d'une péloche majoritairement drôle et bien faite.