Pas facile pour un comique de faire rire quand il apprend qu'il va mourir bientôt. Par contre il est plus aisé de remettre en question son existence.
Funny People n'est que la troisième réalisation de
Judd Apatow et déjà le monsieur nous fait sentir que son regard est porté en arrière avec cette comédie douce-amère et pleine de lucidité sur les turpitudes et le vide relationnel du show-business. Bizarre.
Appatow se considèrerait-il arrivé en bout de parcours ? Serait-il (de son avis) arrivé au maximum d'une maturité artistique pour s'épancher nostalgiquement sur le coup de blues d'une star du stand-up, obligé de remettre en question son existence faite de succès, de solitude et de débauche en apprenant qu'il est atteint d'une maladie du sang rarissime et quasiment incurable ? Si tel était le cas, il faudrait qu'il redescende rapidement de son piédestal imaginaire. On ne peut nier que
Funny People marque un mûrissement dans l'œuvre habituellement provocatrice et libidineuse de son auteur, mais de là à parler de « film de la maturité » comme beaucoup l'on affirmé trop vite, il y a un pas que Cinéma France ne franchira pas.
Voilà donc notre amuseur public (
Adam Sandler se rapprochant de l'excellence dont il fit preuve jadis dans
Punch Drunk Love) transformé en clown triste qui cherche du réconfort auprès d'un autre comique amateur (
Seth Rogen dans un emploi coutumier) en attendant de reconquérir l'affection de sa belle d'antan, qu'il troqua pour quelques fugaces et futiles parties de jambes en l'air avec des admiratrices peu farouches. Derrière le rire, les larmes et une indéniable introspection de la part d'
Appatow sur un univers appréhendé par le passé (avant de s'essayer à la production et à la mise en scène, il a tenté une carrière sur les planches de la scène, sketch et micro en main). C'est exactement cette justesse d'analyse personnelle et ce recours à l'émotion toujours plus prégnant et en voie d'aboutissement qui confère à son travail une certaine différentiation du tout avenant humoristique. Seulement, des efforts restent à fournir et quelques erreurs à corriger.
La longueur excessive de
Funny People en est une sérieuse. A l'instar de En Cloque, mode d'emploi, les 136 minutes de projection et le rythme déséquilibré du récit ont tôt fait d'entériner l'action de pas mal d'effets et de ressorts amusants dans un autre contexte. Malgré les bons moments éparpillés sur l'ensemble de l'histoire (le passage avec le médecin sosie du méchant de
Piège de cristal), les caméos de vedettes tombent toutes à l'eau (grosse déception pour la participation d'Eminem ne tenant pas ses promesses),
Eric Bana ne prouve pas qu'il est fait pour les personnages déjantés et le dernier segment n'en finit plus de tirer en longueur. Vaut mieux trop que pas assez, dit le proverbe. Dans certains cas le contraire prévaut. Parmi les plus de
Funny People, n'oublions pas de mentionner la meilleure interprétation à ce jour de
Leslie Mann qui a rarement eu l'opportunité de se voir offrir un personnage aussi touchant, sans aucune mesure avec ceux précédemment incarnés. Pour le coup
Judd Apatow a vraiment privilégié sa femme. Qui oserait lui en tenir rigueur ?
Funny People a des arguments en sa faveur, c'est indéniable ; mais sa longueur excessive et son trop plein sont un vrai frein à toutes les émotions et réflexions que Judd Apatow veut offrir sans avoir fait le tri.