La pop star coréenne Rain fait pleuvoir le sang de ses adversaires dans ce film d'action signé par le réalisateur de V pour Vendetta.
Ceux pour qui la simple prononciation du mot « ninja » provoque irrémédiablement un pétillement dans l'œil savent très bien que si la figure du célèbre guerrier venu du pays du soleil levant est un sujet fort, elle fut très rarement traitée avec soin par le cinéma hollywoodien qui s'est plus d'une fois permis d'en détourner les caractéristiques pour en proposer une image abusivement déformée, caricaturale et nourricière de nombreux clichés exotiques en totale opposition avec sa philosophie. On se rappelle avec une nostalgie plus ou moins déviante, les innombrables productions (osons le mot : nanars) de feu la Cannon qui arguaient dans ce sens. Avec
Ninja Assassin, seconde réalisation de
James McTeigue toujours sous le parrainage des frères
Wachowski (ici simples producteurs), l'ambition affichée est de se détacher de cette représentation grotesque du personnage afin d'offrir un film de ninja classe et respectueux inscrit dans le monde moderne. Agréable initiative mais les belles paroles c'est comme les résolutions de fin d'année : il faut savoir les tenir.

Orphelin, le jeune Raizo fut recueilli par le clan Ozunu, une société secrète qui forme des tueurs à gages pratiquant l'art du combat et de la dissimulation. Dirigée d'une main de fer par son chef, Ozunu peut se montrer impitoyable avec celui qui ne suit pas la règle. Devenu le plus doué des assassins, Raizo décide pourtant de tourner le dos à son maître. Depuis il doit sans cesse échapper à ses hommes de mains envoyés de par le monde pour exécuter leur tâche et quiconque se met à fouiner dans leurs affaires. Telle l'agent d'Europol Mika Coretti, qui suspecte leur implication dans de nombreux meurtres politiques et criminels. Devenue la proie de ces guerriers silencieux, elle ne peut que compter sur le soutient de Raizo, obligé d'agir à découvert…
Si du temps de la divulgation du projet, on espérait que les réalisateurs de
Speed Racer s'attelleraient eux-mêmes à son élaboration, on comprend aisément qu'ils ne le firent pas après vision de l'objet. Comment les auteurs d'une trilogie aussi thématiquement riche que celle de
Matrix pourraient-ils s'intéresser à un scénario aussi rachitique et cousu de fil blanc que celui-ci ? Sur le papier,
Ninja Assassin ne vaut pas tellement mieux qu'un Michael Dudikoff période
American Ninja. Tout n'est que prétexte à un déferlement d'action intercalé entre deux flash-back informatifs sur les raisons qui ont conduit le héros à faire volte/face contre ses frères d'armes. Et peu importe si les raccourcis scénaristiques ne font que contredire l'ensemble des ambitions de départ : il est assez surréaliste de voir la policière balancer « ça doit être un coup des ninjas » face à son coéquipier pour expliquer le massacre de yakuza survenu durant la séquence précédente. Ceux-ci ne sont-ils pas censés être anonymes, cachés sous les apparats d'une légende comme elle le précise quelques secondes plus tard? Comment peut-elles alors les suspecter ?
Le plus grand reproche à faire à
Ninja Assassin se trouve moins dans son histoire (étaient-on vraiment venus pour cela ? Non c'est vrai) que dans les affrontements martiaux à la mise en image hautement perfectible. Du fait de la gestation compliquée de
V pour Vendetta, l'identité du responsable de la platitude de sa mise en scène était jusqu'ici laissée en suspens. Désormais on sait sans l'ombre d'un doute que la faute revient entièrement à son réalisateur qui n'arrive jamais à donner la moindre dimension à ses personnages (interprétés par des acteurs au jeu transparent). Ses choix contradictoires dans les scènes d'actions sont ce qui coûte le plus à
Ninja Assassin. Ne sachant pas par quel bout les prendre (réalisme des attaques ou chorégraphies surnaturelles héritées du manga façon
Ninja Scroll ?),
McTeigue se perd dans une tambouille d'effets visuels et d'indénombrables flots d'hémoglobines numériques qu'un montage superflu rend davantage opaque que lisible. S'il est acquis qu'il ne faut plus attendre grand chose de lui à l'avenir, il n'en va pas ainsi pour
Rain qui confirme tout le bien qu'on pouvait penser de lui.
Entre la volonté de redorer le blason du film de ninja et celle de s'inspirer de l'animation japonaise, la seconde réalisation de James McTeigue se prend les pieds dans le tatami. La faute à un scénario anecdotique qui rappelle ceux de la Cannon et une mise en scène très en dessous de ses ambitions.