Deux figures marquantes du cinéma français réunies dans un même film suffisent-elles à en faire un film inoubliable ? Non, elles essaient juste de nous le faire croire.
Quand
Dany Boon a rencontré le succès inattendu et historique de
Bienvenue chez les Ch'tis, sans doute la filière cinématographique a-t-elle cru que les antres du cinéma lui étaient alloués. Alors quand il a accepté de donner la réplique à
Sophie Marceau, dont la notoriété n'est plus à prouver,
Pascale Pouzadoux y a probablement vu la clé de son succès. Malheureusement, l'habit ne fait le moine. Adapté du roman homonyme d'
Alix Girod de l'Ain,
De l'autre côté du lit raconte le quotidien d'Ariane (
Sophie Marceau) et Hugo (
Dany Boon), mariés et deux enfants. L'une étant mère au foyer et vendeuse indépendante de bijoux à domicile, l'autre étant directeur d'une entreprise de location de matériel de chantier. Murés dans une incompréhension mutuelle de leurs activités respectives, ils décident d'échanger leur vie pendant un an afin de mieux comprendre les difficultés liées à leurs quotidiens. Aidés d'un « coach » (
Antoine Duléry) ils vont tenter cette expérience, et commencer une nouvelle vie de l'autre côté du lit …
Concept déjà exploité par les programmes audiovisuels sous les traits de « Vis ma vie »,
De l'autre côté du lit ne nous apprendra rien. Jonché de caricatures, le film s'articule autour d'un catalogue de clichés mal entretenus. Car c'est bien connu, tous les hommes boivent une bière en rentrant du travail pour affirmer leur virilité, bûchent tous les soirs sur un dossier important et bien sûr, conduisent une grosse voiture. Les femmes, quant à elles, se gavent de bonbons pour réprimer un mal-être certain, pleurent quand elles voient deux personnes s'embrasser et conduisent une Mini rose en écoutant des chansons romantiques. Et pour ne rien oublier, les hommes ne comprendront jamais les femmes. Bref, une pluie de stéréotypes qui s'accentuent grossièrement dès lors que les protagonistes échangent leur vie. Pourtant dynamique dans la partie liminaire, le film finit par s'embourber dans un marécage boueux qu'il convient pourtant de connaître pour ne pas être pris au piège.
Pascale Pouzadoux semble s'être appliquée à bien adapter le livre. Une retranscription fidèle certes, mais qui ne justifie d'aucune démarche créative. D'ailleurs, la tonalité du film s'en retrouve parfois lésée. On sourit, mais on ne rit pas.
De l'autre côté du lit est donc un film lisse, trop lisse. Le socialement correct devient vite lassant car on l'a compris dès le départ, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs lorsque l'on s'en approche suffisamment pour en contempler la vraie couleur … En choisissant deux activités diamétralement opposées voire atypiques, sans doute notre attention aurait-elle été maintenue jusqu'à la fin. Car on a que trop vu ces chroniques de la vie ordinaire dans lesquelles nous sommes censés nous reconnaître. A cela s'ajoutent des personnages inutiles. Soyons indulgent avec
Antoine Duléry qui apporte un peu d'humour dans cet échange expérimental. En revanche, nous serons moins charitables avec l'idylle entre la mère d'Ariane (
Anny Duperey) et ce dernier. Se tissant de façon dégrossie, elle peine à trouver sa place dans la narration. Reste l'interprétation des acteurs qui compense un tant soit peu la maladresse scénaristique.
Sophie Marceau est surprenante dans son rôle d'homme de substitution.
Dany Boon quant à lui, est attachant en papa maladroit. A eux deux, ils forment un couple bien assorti mais pas assez mis en valeur par le scénario.
Certains livres ne sont pas destinés à être déclinés sur grand écran et De l'autre côté du lit en fait partie. Tout est figé dans un schéma classique qui ne nous surprend pas. Un film interprété par deux figures populaires certes, mais qu'on finira par oublier très rapidement.