Alejandro Amenabar nous emmène à Alexandrie au IVème siècle après Jésus-Christ, aux côtés de Rachel Weisz.
Alejandro Amenabar est un réalisateur touche à tout plutôt brillant à en juger sa filmographie :
Tesis,
Ouvre les yeux,
Les Autres,
Mar adentro… autant de films mémorables, chacun dans leur catégorie. Cela faisait quand même cinq ans maintenant que l'on attendait un nouveau long métrage de sa part et, après un passage à Cannes et un retour en salle de montage,
Agora arrive sur nos écrans. Ambitieux, le métrage prend place à Alexandrie, au IVème siècle après Jésus-Christ, alors que la ville est sous autorité romaine. Mais la révolte des Chrétiens se fait de plus en plus puissante au point de se faire insoutenable. La brillante astronome Hypatie et ses camarades tentent alors de sauver les grandes œuvres écrites au cours des siècles afin qu'elles ne soient pas détruites. On va ainsi suivre l'évolution de la cité, et les tensions amoureuses entre Hypatie et deux hommes : Oreste et l'esclave Davius, tenté de rejoindre les Chrétiens afin de s'affranchir.
Ambitieux, le film l'est assurément ; prenant, il l'est tout autant. Le metteur en scène ibérique parvient à livrer une fresque historique didactique mais sans lourdeurs, sur un style épuré appréciable. Il réussit à parler habilement de la guerre des religions sans tomber dans l'exagération mais mettant efficacement en exergue leurs côtés sombres, avec les habituels extrémistes prompts à user de la violence. Il sait également faire briller à l'écran la passion qui transpire du personnage d'Hypatie lorsqu'elle tente de comprendre les rouages de notre univers (on est à la période où l'on se demandait si la Terre était plate ou ronde et tournante autour du soleil) et parvient à distiller avec parcimonie la tension amoureuse entre les trois protagonistes impliqués sans que cela ne tombe jamais dans l'eau de rose. Mêlant habilement ses ingrédients,
Alejandro Amenabar livre un vrai beau film d'époque, qui plus est accompagné d'une mise en scène aérienne faite de superbes mouvements de caméra qui magnifient des décors de toute beauté (la reconstitution de la cité est à tomber).
Le film se savoure alors avec plaisir et pourrait même tout à fait être montré dans les écoles par son aspect autant éducatif que divertissant, ce que sûrement plus d'œuvres devraient êtres. Il nous fait suivre en plus de cela une héroïne emblématique, lumineuse et forte, assumant ses convictions et étant constamment en quête de la compréhension des choses qui l'entourent. Et lorsque celle-ci est interprétée par une
Rachel Weisz en grande forme, on peut difficilement refuser l'invitation. Dommage que, à l'instar de quelques films récents (on pense notamment à
Avatar), on sente un peu les coupes faites dans le récit, quelques éléments méritant une ou deux précisions supplémentaires pour que le tout s'apprécie encore plus grandement. Mais en l'état ne faisons pas la fine bouche,
Agora est un film historique mené avec classe donnant en plus à réfléchir sur le genre humain, qui a la fâcheuse tendance à diriger les masses par la peur et l'endoctrinement plutôt que par l'intellect et la raison.
Intelligent et bien emballé, Agora est un spectacle historique de haute tenue.