Après une fournée de trois films sur Spider-Man, Sam Raimi revient à ses premiers amours horrifiques avec Jusqu'en enfer, et le fait plutôt bien.
Les amateurs de cinéma horrifique, mais aussi les fans de la première heure du metteur en scène, attendaient que celui-ci se décide enfin à revenir au genre qui l'avait révélé par le biais du cultissime
Evil Dead. Comme une cerise sur le gâteau, le réalisateur a eu l'honneur de présenter son bébé lors du Festival de Cannes, en séance de minuit. On y retrouve Christine Brown, jeune conseillère de clientèle dans une banque, qui se voit un jour obligée de refuser une prolongation de prêt immobilier à une vieille dame, Madame Ganush, afin d'asseoir son autorité et impressionner son chef dans le but de monter en grade. Le problème, c'est que cette vieille dame est une sorcière et va alors lui jeter un sort. Elle va se retrouver harcelée par la Lamia, un esprit démoniaque qui n'aura de cesse de vouloir l'emmener en enfer. Elle va alors faire appel à un médium afin de chasser la malédiction.
Le grand constat à faire après la vision de
Jusqu'en enfer, c'est que
Sam Raimi crevait visiblement d'impatience de revenir au cinéma d'horreur, tant le film fait preuve d'une générosité et d'un souffle passionné salvateur. S'offrant une cure de jouvence, le cinéaste reprend les recettes de sa saga
Evil Dead en nous offrant un spectacle digne d'une attraction de fête foraine, mêlant avec une grande habileté les effets d'angoisse et les effets comiques, le tout ne faisant plus qu'un dans une énorme gourmandise reprenant les codes des films de possession pour toujours s'en amuser. Il donne dans l'imaginaire bariolé et loufoque, sur une mécanique diablement bien huilée, qui ne ménage pas son spectateur en sursauts fréquents et en montées d'adrénaline délicieusement contrôlées.
Sam Raimi joue alors efficacement avec les peurs primaires (les bruits sourds, les ombres menaçantes, etc…) et met tout ça au sein d'un divertissement sous forme de fête horrifique, dans laquelle le rythme ne s'essouffle jamais.
On retiendra pour longtemps la figure de Madame Ganush, sorcière dont le visage marquant imprime la pellicule, lors de ce festival en son et lumière qui ne marquera certes pas l'histoire du cinéma d'horreur, mais dont la vivacité emporte le morceau.
Sam Raimi nous emballe par sa maîtrise de la mise en scène, nous donnant quelques plans d'une inventivité réjouissante, et un détournement constant des codes habituellement de mise dans les films dit « de possession ». On y retrouve ainsi notamment les passages obligés du recours au médium ainsi qu'une séance de spiritisme et incantations, fonctionnant toujours sur un second degré irrésistible. Du côté des interprètes, on oubliera vite
Justin Long qui hérite du rôle de pot de fleurs habituellement attribué aux dames, pour retenir bien évidemment la révélation de
Lorna Raver dans le rôle de la sorcière peu ragoûtante, sans oublier de saluer le bel abattage d'
Alison Lohman, pile poil dans le ton adéquat. Même s'il ne peut pas vraiment prétendre au titre de grand film de cinéma d'épouvante du fait de son approche trop « pop-cornisante »,
Jusqu'en enfer est un spectacle assez jubilatoire pour qu'on s'en délecte sans prières, et qui supportera à n'en pas douter de multiples visionnages, s'imposant comme un très bon divertissement.
Pour son retour au genre qui l'a révélé, Sam Raimi nous offre un bon divertissement sous forme de grand huit aux effets bien dosés.