Pour son quatrième film, Rebecca Miller adapte son propre roman : la remise en question d'une femme au bord de la dépression nerveuse.
Pippa Lee est jolie ; elle a une belle maison ; un mari certes vieillissant, mais cultivé ; des amies riantes ; des enfants entreprenants qui commencent à voler de leurs propres ailes. Mais Pippa Lee n'est pas heureuse. Elle regarde sa vie et ne sait qu'en faire. Elle surveille son mari – que l'ont croit au départ être celui qui va s'égarer – qu'elle s'attend à voir mourir à chaque instant, qu'elle n'aime plus mais qu'elle ne quitte pas, rongée par la culpabilité d'un événement passé dont elle n'était pas directement responsable. Et, au bord de la dépression nerveuse, en se demandant ce qu'elle fait ici, elle se remémore : sa mère egocentrique, son enfance au milieu de quatre frères plus vieux qu'elle, son adolescence en rupture familiale, ses débuts d'adulte et sa recherche de repères.
Nous suivons donc Pippa Lee dans sa quête d'elle-même à travers, parallèlement, son passé et son présent. La constatation tranquille de ses errances de jeune femme fuyant sa mère (jouée par
Blake Lively qui nous fait oublier la Serena de
Gossip Girl) dans la drogue et les expériences sexuelles se fait par une voix off discrète, et Pippa adulte n'en tire aucune leçon particulière : c'est simplement un moyen, pour elle, de faire le point, de répondre au « comment j'en suis arrivée là », à cette vie rangée et sans passion, qui la tracasse. Passé et présent s'intercalent sans lien logique mais avec une cohérence pourtant certaine, et nous suivons sa crise de début-adulte et de fin-adulte en faisant de nous-mêmes des parallèles.
Rebecca Miller, réalisatrice du très beau Ballad of Jack and Rose, fait ici un travail soigné et solide. Elle est, il faut dire, magnifiquement secondée par un casting féminin plutôt impressionnant :
Robin Wright Penn en Pippa Lee adulte, fragile et lumineuse ;
Blake Lively donc pour sa version plus jeune. Et autour d'elles,
Winona Ryder,
Maria Bello,
Julianne Moore,
Monica Bellucci, toutes dans des rôles calmes, toutes un peu perdues. Les acteurs masculins sont bons aussi, mais ce sont les femmes le sujet du film, ou plutôt
la femme.
Miller s'interroge sur la maternité et sur la place de la femme avec ou sans ses enfants. Peut-elle exister ? Peut-elle survivre à son mari ? En a-t-elle le droit ? Le pied de nez final, rafraichissant, permet de terminer le film sur une note positive – non que
Les Vies privées de Pippa Lee soit déprimant – et nous fait presque oublier le défaut principal de l'œuvre : un manque regrettable d'un petit quelque chose qui l'aurait rendue vraiment très bonne au lieu de simplement agréable.
Les Vies privées de Pippa Lee est une belle histoire de renaissance, jouée par tout un ensemble d'actrices remarquables. Dommage que la réalisatrice ne soit pas allée jusqu'au bout des possibilités.