Prêt ou non, Freddy Krueger revient hanter vos rêves dans une nouvelle version aussitôt vue aussitôt oubliée.
Deux tendances imprègnent l'actuelle remise à jour des figures classiques de l'horreur des années 70/80 : celle qui consiste à dévoiler une nouvelle facette d'un personnage gravé dans le marbre de la culture populaire (les
Halloween de
Rob Zombie), et celle se contentant de recycler à la lettre près le travail fait en amont (
Vendredi 13) afin de lui conférer une seconde jeunesse auprès d'une audience jeune. Solution de facilité ou hommage respectueux, à chacun de trancher au cas par cas. Quoiqu'il en soit, le retour du croquemitaine au pull-over à rayures, au chapeau fedora et au gant ciselé ne saurait appartenir à la première catégorie, bien que les producteurs de chez
Platinum Dunes espèrent nous le faire croire. Simplement en agitant le fanion d'une patine supposé réaliste, plus ancrée dans la factualité du 21ème siècle.
Or, contextuellement et malgré la grande qualité de la photographie de Jeff Cutter (
Esther), ce remake des
Griffes de la nuit apparaît excessivement attaché à trancher dans les mêmes tripailles que son modèle avec ses adolescents bêtes à manger du foin (Nancy Thompson qui se cache dans un placard pour échapper au tueur il fallait oser) incarnés par des comédiens à l'âge beaucoup trop avancé pour faire illusion dans un décors de lycée (grooosses erreurs de casting !), la reprise au cadre près des séquences cultes de l'original (celle de la baignoire même si elle n'est pas mené à terme), et pas mal de clichés du slasher à consonnance très eighties.
En voyant
Freddy - Les griffes de la nuit un constat s'impose : le film ne s'adresse aucunement aux fans de la première heure ni aux apprivoisés du grand brûlé, mais bel et bien à ceux qui iraient jusqu'à ignorer en surface la mythologie fondatrice de la légende du boogeyman. Voilà pourquoi le scénario fait l'erreur de dévoiler le passé de Freddy Krueger à la manière d'un puzzle (à l'instar du pitoyable
Fog), usant de vains rallongements et fausses pistes pour en arriver là où le « chef d'œuvre » de
Wes Craven présentait le tout comme un acquis. Et ce n'est pas l'affirmation de la pédophilie de Freddy ni l'illustration plate de son meurtre par des parents revanchards qui remplaceront l'efficacité du non-dit ou de l'extrapolation imaginative du spectateur.
A trop vouloir tout expliquer dans les moindres détails, à rendre le personnage crédible dans un univers fictionnel et onirique, cette version tend à semer un ennui palpable et à amoindrir l'impact cauchemardesque de son monstre. Le nouveau maquillage de Freddy en est l'exemple le plus démonstratif : malgré la bonne interprétation de
Jackie Earle Haley, l'aspect de son masque le prive de tout une palette d'expressions qui auraient pu lui conférer une aura autrement dérangeante et iconique, digne d'un
Robert Englund. Que reste-t-il alors à ce remake platement mise en scène, mal joué, prévisible à chaque instant et qui peine à installer un climat angoissant ou à susciter une véritable terreur autrement que par une montée brutale et fatigante de la bande sonore ? Quelques petites trouvailles ici et là (le tapis de sang) et … c'est tout ! Pas de quoi s'en relever la nuit donc.
Remake à l'encéphalogramme plat et totalement ennuyeux dans sa première partie, Freddy – Les griffes de la nuit demeure trop dans l'ombre d'un modèle - passablement vieillot - pour pouvoir lui échapper. A réserver aux non initiés, les autres peuvent s'assoupir en toute quiétude.