Regardez dans le ciel ! Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Est-ce Superman ? Non : c'est Là-haut, le dernier bijou de Pixar.
Et de dix ! Dix longs-métrages, dix réussites majeures de l'animation en images générées par ordinateur, chaque opus ayant réussi à tenir la concurrence à longue distance pendant plus d'une décennie. Un bilan prestigieux, un parcours sans fautes pour la société de
John Lasseter, boîte à rêves parvenant à inlassablement enthousiasmer son public, qu'il soit petit, grand, spectateur facilement comblé ou professionnel pointu du 7ème art. Son dernier né,
Là-haut, ne déroge pas à ce qu'il est convenu d'appeler les règles de conduite et de qualité pixariennes, tout en se positionnant comme un nouveau jalon dans l'histoire du studio, continuellement en acquisition de considération et de reconnaissance. En témoigne son passage au Festival de Cannes, où le bébé de Peter Docter fut présenté en ouverture de la soixante-deuxième édition (à quand maintenant une sélection dans la compétition officielle ?), marqué par son utilisation première de la 3D.

Il fallait bien l'apport de cette technologie en plein essor (il est d'ailleurs curieux que la filiale de Disney ait mis autant de temps à sauter le pas) pour sublimer les visions enchanteresses provoquées par un flot d'images sorties tout droit d'une imagination enfantine. Notamment celles de cette modeste maison rustique tirée vers les nuages par des milliers de ballons accrochés à son extrémité. La demeure de Carl Friedericksen, retraité solitaire aigri depuis la mort de sa femme, emmenant son foyer vers la destination tropicale que lui et sa moitié caressaient l'espoir de conquérir depuis leur tendre enfance. Accompagné malgré lui par un jeune boy-scout clandestin, porté exagérément sur la bienveillance et la parlote, le vieux Carl accomplira un voyage qui le mènera peut-être plus loin qu'il ne l'avait imaginé. Et nous avec.
C'est encore une fois la grande force de Pixar de non seulement proposer des pitch inédits, touchant à l'inconscient créatif de notre enfance (qui étant bambin n'a pas imaginé tutoyer les cieux à l'aide d'un ballon rempli d'hélium ?), et d'en prolonger le charme et la grâce jusqu'à des contrées inconnues et imprévues. L'entrée en matière de
Là-haut n'est que le point de départ d'un hymne à la liberté, à la découverte, à la conquête des désirs, à l'aventure, à toutes les aventures. Qu'elles prennent la forme d'une indéfectible union casanière ou celle d'une excursion à l'autre bout du monde, pourvu que l'expérience soit bénéfique et partagée avec quelqu'un. Doux enseignement philosophique empreint de réflexion personnelle et affective, expurgé de sentimentalisme aux effluves de moralisme calculé, le message véhiculé passe tel une lettre à la poste sans en sacrifier la souplesse d'exécution, ni le caractère faussement simpliste de l'ensemble.
Mine de rien dans
Là-haut on y cause de mortalité consciente, du troisième âge avec un vieux ronchon recroquevillé dans la monotonie de ses derniers jours, hargneux envers le reste du monde qu'il frappe avec sa canne (et le blesse !) dans un excès de peur. A l'instar du fan frustré des Indestructibles, un gentil explorateur pris pour modèle peut devenir un impitoyable mécréant irrespectueux de la vie humaine et animale … d'infimes détails qui mis bout à bout confectionnent un canevas profond et inédit dans le giron du cinéma d'animation américain. A cette empreinte originale laissée, il ne suffisait plus qu'à la petite bande d'y rajouter son humour arrivant à décaper d'anciennes figures jusqu'ici galvaudées jusqu'au trognon (le chien qui parle), sa maitrise formelle (le climax, un grand moment d'action virevoltante) et son émotion habituelle dépassant toujours la barrière du cadre établi. Il est à parier que la première larme qui coulera de votre joue n'entamera pas sa course au milieu ou à la fin de
Là-haut, mais dès le quart d'heure d'ouverture, résumé sans paroles des 70 années de Friedericksen d'une rigueur de tact et d'une justesse de ton stupéfiante. A ce niveau là, ce n'est plus du savoir-faire, c'est de la souveraineté. Certains journalistes rouspéteurs prétexteront qu'aimer et encenser Pixar c'est tomber dans le conformisme. Si côtoyer les cimes cinématographiques est se noyer dedans, alors plongeons-y tête baissée.
Pourquoi Pixar domine-t-il continuellement la concurrence de plusieurs tailles ? Parce qu'il témoigne de notre monde et de notre société depuis Là-haut tandis que les autres se contentent de l'observer depuis en bas.