Après le succès légitime de The Queen, Stephen Frears transpose Colette à l'écran et nous plonge au début du XX° Siècle dans le milieu des demi-mondaines.
Chéri est le 19ème film de
Stephen Frears, cinéaste anglais de 6
7 ans dont on ne compte plus les succès (
My beautiful laundrette,
Prick up your ears,
Les liaisons dangereuses…). Après les nombreux éloges reçus par
The Queen, on se demandait quel projet le réalisateur allait choisir pour ne pas décevoir public et critique. La transposition scénaristique par
Christopher Hampton du roman le plus connu de Colette, «
Chéri », a probablement été le détonateur qui a poussé le célèbre réalisateur à l'adapter à l'écran. Il est peu de dire que celui-ci a eu raison de s'attaquer à ce défi qui n'était certes pas gagné d'avance. Le résultat est là :
Chéri est un film à la fois caustique et mélancolique, grave et émouvant.
Pour ceux qui ne connaitraient pas le roman de Colette, «
Chéri » retrace l'histoire d'une courtisane aisée, Léa de Lonval, qui, à l'approche de la cinquantaine, tombe amoureuse du fils d'une de ses consœurs et ancienne rivale, Madame Peloux. Trop contente qu'une femme aussi distinguée, pleine d'esprit et de savoir-vivre s'occupe de
Chéri (le surnom de son fils), Madame Peloux, habile manipulatrice, consent à cette singulière relation. Finalement, Fred Peloux n'a que 19 ans mais pour l'instant le plus urgent est de faire son éducation. Six ans, plus tard, considérant que les choses ont assez duré entre
Chéri et Léa, et soucieuse de se garantir un avenir en or, Madame Peloux décide de marier Fred avec la fille d'une riche amie, la douce et belle Edmée. Mais la rupture entre Léa et
Chéri ne sera pas aussi simple qu'elle devrait l'être dans cette société semi-fermée où hypocrisie et vénalité sont les garants de la réussite sociale.
Plus qu'une fidèle adaptation au roman de Colette,
Chéri est la vision d'un metteur en scène de grand talent. Costumes, décors, lumières, tout est ici soigné (trop diront certains) et crée un ensemble homogène qui contribue à l'atmosphère et à la beauté impressionniste qui s'imposent tout au long du métrage (
Stephen Frears avoue lui-même avoir été inspiré par
Max Ophuls ou
Jean Renoir). La narration, quant à elle, est d'une fluidité sans faille qu'il est néanmoins possible de scinder en deux parties. La première, qui dépeint le cercle fermé des courtisanes, est enjouée et frivole, ironique et marquée par les joutes d'esprit et les piques que les dames s'envoient tout en feignant de s'aimer. La seconde nous plonge dans le drame des amours inavoués et devient, avec l'avancée du récit, tragique et tendre. L'autre bonne idée de
Stephen Frears est d'avoir su « ramasser » l'intrigue en une durée de 90 minutes, ne laissant aucune place à l'ennui durant ce spectacle drôle et touchant que constitue
Chéri.
Pour finir, citons la photographie très travaillée et lumineuse de
Darius Khondji (
Seven, Panic Room,
Funny Games U.S., que sais-je encore ?), la grâce mélodique de la musique d'
>Alexandre Desplat (oscarisé pour
The Queen et compositeur de thèmes inoubliables tels ceux de
Lust, caution,
Syriana ou
L'Etrange histoire de Benjamin Button) et l'interprétation plus que convaincante. Surprenant,
Rupert Friend (vu dans
Orgueil et préjugés) est la révélation du film et campe un
Chéri à la fois viril et sensible.
Kathy Bates (
Misery,
Dolores Claiborne et récemment
Les Noces rebelles) est parfaite en courtisane gironde et manipulatrice. Quant à
Michelle Pfeiffer, (dans un rôle opposé à celui qu'elle tenait dans
Hairspray), elle prouve vingt ans après
Les Liaisons dangereuses qu'elle est toujours aussi belle et talentueuse. Sans elle, le film ne serait probablement pas aussi troublant et bouleversant. En un mot, réussi !
Stephen Frears arrive encore à étonner après le magnifique The Queen. Chéri est l'assemblage insensé de multiples talents (décorateur, costumier, photographe, musicien, acteurs). C'est dire si l'hommage rendu à l'auteur de « Claudine » est beau !