Faut-il mieux voir Machete dans sa version longue ou se regarder 50 fois à la suite la fausse bande-annonce d'origine ? Cinéma-France vous fait part de son avis (aiguisé) sur la question.
Sans chercher à dénigrer le souvent mésestimé Boulevard de la mort de
Quentin Tarantino, des deux tronçons du diptyque
Grindhouse, c'est clairement le Planète Terreur de
Robert Rodriguez qui remportait la palme du fun. Ou plus exactement c'est lui qui restait le plus attaché à la note d'intention de départ de ce projet commun dont le réalisateur d'
Inglourious Basterds s'est « légèrement » détourné au gré de sa gestation. Pour enfoncer le clou, c'est une fois de plus
Rodriguez qui signa la fausse bande-annonce servant d'entracte aux deux films dans leur montage américain (version toujours inédite chez nous), qui remporta le plus de suffrages au près des spectateurs, au point de devenir trois ans plus tard le vrai trailer d'un véritable long-métrage (en attendant le
Thanksgiving d'
Eli Roth). Furieusement jouissif sur une poignée de minutes,
Machete promettait un hommage copié-collé aux œuvres de série B/Z des seventies avec pour unique mot d'ordre une générosité en action débridée, en gore gratuit et en érotisme soft. Malheureusement sur plus d'une heure et demie le résultat n'est plus tout à fait le même.
En ce qui concerne l'histoire, le format long de
Machete reprend exactement les grandes lignes de la BA : un agent fédéral mexicain se voit trahi par ses employeurs l'ayant laissé pour mort après l'avoir embauché pour liquider un sénateur escomptant renforcer les lois sur l'immigration clandestine. Scénario minimaliste axé sur la quête vengeresse du héros… en cela
Robert Rodriguez et son homme de main
Ethan Maniquis remplissent parfaitement le contrat initial en s'appuyant sur la carrure burinée et inimitable de
Danny Trejo passant pour la première fois de sa carrière au premier plan, presque quinze ans après sa première interprétation du personnage dans Desperado. Apparition furtive mais mémorable qui fit de lui l'un des seconds couteaux (sans mauvais jeu de mots) les plus actifs de notre époque. Sachant que son monolithisme de dur est son meilleur atout, le comédien reste impassible en toute circonstance, ne lâchant que quelques bribes de phrases construites à l'humour ravageur (les cultes d'avance « Machete don't text » et « Machete improvise ») entre deux joutes sanguinolentes à l'arme blanche.
Tous les éléments sont là pour garantir une récré bourrine et nostalgique (à ceci prêt que l'image trop propre et les effets digitaux siéent mal à l'aspect supposé fauché et abîmé du film), ne restait plus qu'à aller à l'essentiel. Sauf que comme souligné plus haut,
Machete dépasse les cent minutes alors que soixante dix auraient largement suffi. La première victime en est évidemment le rythme perdant en efficacité la moitié du temps. Ce qui laisse tout le loisir au réalisateur de rater une séquence sur deux en se prenant soit excessivement au sérieux (le discours zapatiste lourdement disséminé), soit pas assez (le final totalement bâclé). Une hésitation entre second degré et discours social anachronique dont le mélange ne pouvait qu'être à double tranchant dans les mains d'un metteur en scène pas toujours réputé pour son application (le foutraque
Il était une fois au Mexique), donnant de nouveau à penser qu'il s'est rapidement désintéressé du projet lors du tournage pour en confier la responsabilité à son second.
On pourrait donc en déduire que la réussite de Planète Terreur tenait en une partie non négligeable à la présence de son ami
Tarantino sur le plateau. Partenaire qu'on imagine très bien resserrer les boulons d'un script qui ne se serait pas privé de donner plus de largesse aux torrides rôles féminins (
Jessica Alba,
Michelle Rodriguez et la grande délaissée
Lindsay Lohan) et à des caméos de luxe sous-exploités dans le cas présent. Si Robert de Niro semble ne s'être jamais autant amusé depuis Mafia Blues,
Steven Seagal lui confirme sa réputation de saumon paresseux favorisant sa doublure dès qu'il s'agit de frétiller un minimum devant la caméra.
A trop vouloir se réfugier derrière son statut précipité de film culte, Machete s'avère en définitive une production moins « grindhouse » que prévue, coincée le cul entre deux chaises, hésitant à trancher dans le vif du sujet. A ranger aux côtés des semi-déceptions Expendables : unité spéciale et Centurion.